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schizophrène, dépressive, je m'en suis sortie

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J'ai connu ce drame qu'est la dépression pendant huit longues années de ma courte vie (J'aurais vingt huit ans demain). Au 'plus bel âge de la vie', j'étais au plus profond du gouffre…

Tout a commencé quand j'avais 17 ans. Mon 'père', avec qui j'avais repris contact depuis quelques années (après 10 ans d'absence) , a eu des gestes très déplaçés envers moi. Il avait bu et j'ai essayé d'oublier, de ne plus y penser, de mettre son comportenment sur le compte de l'alcool. Mais j'ai eu beau faire : j'étais traumatisée. D'autant plus que ces actes ont reveillé en moi des faits beaucoup plus anciens…

De plus en plus mal dans ma peau, j'ai décidé de me faire aider et j'ai consulté un psy, malgrè la farouche opposition de mon 'père'. Après presque 1 an de thérapie, j'ai révélé sous hypnose que mon père avait déjà eu ce genre d'attitude quand j'étais enfant (à 5 ans).

J'ai immédiatement rompu tout contact avec mon père et, encore un an plus tard, j'ai déposé plainte contre lui.

Je préfère vous épargner les détails de l'affaire. Je voulais juste que vous compreniez la raison principale qui m'a amenée à sombrer…

En moins d'un an, je suis devenue une véritable épave. Je pleurais sans cesse, je ne trouvais plus le sommeil (libérateur) , je ne mangeais plus… Les médicaments ne faisaient que m'assomer mais ne soignaient rien du tout.

Avec les années, la situation a empiré : dépression lourde, anorexie, schizophrénie,… J'ai même complètement perdu la raison au moment des attentats du 11 septembre (j'ai été sous anti-hallucinatoire pendant 6 mois). A cela se sont ajoutés des troubles psychosomatiques : constipation chronique, perte de l'odorat,…

Il faut être passé par la dépression pour comprendre les ravages qu'elle occasionne : isolement, incapacité à sourire vraiment (un sourire forçé est déjà une torture) , aucun gout pour rien (même pour ses activités ou ses plats favoris) , une douleur permanente est infinie qui nous torture en permanence…

J'étais convaincue que jamais plus je ne connaitrais le moindre petit moment de plaisir. J'étais devenue incapable d'apprécier quoique ce soit, et j'étais persuadée que c'était irreversible…

Mon angoisse la plus terrible peut sembler étrange : je me demandais comment j'allais réussir à supporter la vie pendant de si longues années (le suicide est contre mes convictions). Chaque jour, je suppliais Dieu de me rappeler à lui…

Bon, j'arrête là, je pense vous avoir donné une idée de ce que j'ai pu traverser. Venons en à des choses plus positives (car il y en a ! ).

Il est vrai que la depression a gaché les plus belles années de ma vie. Mais je veux apporter un message d'espoir à tous ceux qui souffrent de cette terrible maladie. Je m'en suis sortie ! A force de stabilisations et de rechutes (de plus en plus graves) , j'ai fini par remonter la tête hors de l'eau et par revivre. Ca commence tout doucement, on s'apperçoit qu'on supporte mieux la vie. Et un jour on se surprend à sourire vraiment, puis à rire (je pensais que ça ne pourrait plus jamais arriver : je me demandais même comment les gens pouvaient rire et être heureux "sans raison"). Et on se rend compte qu'on apprécie un peu la vie, puis beaucoup…

Il y a toujours de l'espoir (beaucoup de médecins considèrent la schizophrénie comme une maladie incurable : je suis la preuve vivante que c'est faux ! ).

Aujourd'hui, je suis guérie. La "crise" de 2001 a été la dernière.

Je prends la vie avec philosophie. Les soucis quotidiens ne me catastrophent pas : on fait facilement face aux "broutilles" quand on a traversé ce désert… On est beaucoup plus fort.

Quand je prends du poids, je m'en fous (quand on a connu la maladie et la perte de poids chronique, on ne voit plus sa balance avec le même oeil). Je ne me pèse plus, je mange ce que j'ai envie… Il y a des choses tellement plus graves dans la vie qu'un petit bourrelet…

Je suis devenue également beaucoup plus sensible : j'ai appris à reconnaître les signes de désarroi et j'essaye d'aider ceux que je croise et qui vont mal.

Je souris beaucoup (et franchement) , même à ceux qui me tirent une tronche de 6 pieds 6 pouces : je sais ce que c'est que d'être incapable de sourire…

Je suis franche et j'ai confiance en moi (pas d'hypocrisie ni de faux semblants).

En bref, je pense que cette épreuve m'a rendue plus forte et plus sage. Il est vrai que quand on a le nez dans le guidon, c'est difficile à concevoir, mais croyez-moi : battez-vous. Courage ! Je vous jure que ça en vaut la peine… La vie est magnifique et il nous appartient à tous de la rendre chaque jour encore plus belle.

Dernier message à ceux qui connaissent quelqu'un qui souffre de dépression : je vous en prie, ne les laissez pas tomber. Etre abandonné dans ce genre de situation est atroce : on a déjà plus aucune confiance ni estime pour soi-même, l'abandon confirme l'idée qu'on est "detestable". Je sais qu'il est très difficile de "supporter" un dépressif et que l'entourage se sent souvent impuissant. Mais croyez-moi, une simple pensée, une visite de temps en temps, un coup de fil, une petite sortie (même un peu forcée, même si le malade ne montre aucun enthousiasme). On se sent impuissant quand un depressif nous raconte "ses malheurs", mais on a tort : écouter est déjà énorme, même si ça parait dérisoire…

Une dernière chose : n'utilisez pas le terme 'dépression' pour qualifier un coup de cafard ou une déprime ! C'est une souffrance également, mais ça n'a rien à voir ! La dépression relève d'un long suivi médical. Ca m'agace toujours quand les gens me parlent de leur 'dépression' pour parler d'un coup de cafard momentané. C'est comme s'ils disaient : "j'ai une pneumonie" alors qu'ils ont une simple grippe… La dépression est une maladie grave : n'employez pas ce terme à la légère, pensez aux (vrais) malades…

Bon, j'éspère ne pas vous avoir sapé le moral…

Grosses bizzz et @ bientôt ; o).
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10204
b
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