Histoire vécue Psychologie > Dépression - Déprime > Depression      (2184 témoignages)

Préc.

Suiv.

Je suis loin de mes amis, je n'ai plus aucune vie sociale

Témoignage d'internaute trouvé sur doctissimo - 23/01/11 | Mis en ligne le 26/07/11
Mail  
| 1639 lectures | ratingStar_217529_1ratingStar_217529_2ratingStar_217529_3ratingStar_217529_4

Je sais que ce genre de post existe déjà (j'ai passé les derniers mois à tous les lire, mais je ressens le besoin de poster le mien, de quémander une réponse réelle et personnelle). Je m'excuse d'avance pour ce post interminable. Voilà, je n'en peux plus. Je n'ai que 23 ans, je vais bientôt fêter mes 24 et j'ai perdu toute joie de vivre. J'ai eu l'agrégation du premier coup l'année dernière et je fais partie des jeunes qui se sont fait propulser violemment en septembre 2010 dans le "magnifique" métier d'enseignant. Je suis donc prof de terminale depuis septembre, et je compte déjà les jours, les heures, jusqu'au mois de juin. Voici les raisons qui font que ma vie est devenue un enfer : - J'ai été nommée dans un petit village à 700 km de ma famille, mes amis et mon copain qui sont tous restés à Paris. Je me sens extrêmement seule. Je rentre parfois à paris le week end, mais cela prend environ 7 ou 8 heures de train : je passe un jour et une nuit avec mon copain puis je dois rentrer : c'est l'angoisse, le déchirement. Petit à petit je perds le contact avec mes amis, je passe mes soirées seules chez moi à rêver de la vie étudiante que j'ai laissée derrière moi. - Ici dans mon village je ne peux pas sortir de chez moi sans croiser mes élèves (qui constituent la seule population de "jeunes" du coin) j'ai l'impression d'être seule au monde et je développe une légère paranoia : j'ai l'impression d'être constamment surveillée… en tant que prof je dois maintenir un comportement irréprochable même lorsque je ne travaille pas. Dès que je sors dans la rue on me salue, je suis "Mme X, la prof". Je n'existe plus en public, je reste cloitrée chez moi. - je n'ai pas le temps d'avoir des loisirs : je bosse quasiment 60 heures par semaine. Seulement 15 au lycée mais je n'imaginais pas que préparer des cours "potables" et corriger des copies demanderait autant de temps. Je suis donc épuisée et j'ai du mal à prendre du recul, à me dire que le boulot ce n'est pas toute ma vie. Cette année c'est ma vie. - le boulot en lui même est extrêmement stressant : je suis une jeune fille, je mesure 1m50 et je suis censée faire la discipline à des classes de 30 caïds-adolescents qui sont plus grands, plus énergiques et plus insolents que moi. J'ai déjà failli pleurer plusieurs fois devant les élèves (alors que je suis dans un lycée tranquille de province). Pour l'instant je tiens bon et je progresse au fil de l'année niveau autorité, mais la gestion de classe demande une patience, une discipline de soi, une violence qui me dévorent de l'intérieur. Je suis jeune et les élèves m'aiment bien mais j'ai été trop gentille en début d'année : je le paie maintenant avec certaines classes qui prennent mon cours pour une cour de récré. - être prof c'est se remettre en question toute la journée. Je ne peux pas m'empêcher de croire que je suis nulle, contrairement aux collègues font des cours parfaits (quand je vois le silence des élèves de mon tuteur, je suis admirative et déprimée). On me dit (collègues, tuteur) que je m'en sors plutôt bien, mais personne ne me voit en cours avec mes classes difficiles… j'ai l'impression d'être un imposteur. Mon tuteur vient me voir quand j'ai des demi groupes. L'idée qu'il vienne voir un cours en classe entière me terrorise. J'ai l'impression d'être une mauvaise prof. Je sais que c'est sûrement une illusion mais elle ne me quitte pas. - par conséquent : la perspective d'être inspectée en mai m'angoisse à un point inimaginable. Je suis stagiaire donc c'est hors de question de faire grève ou de me mettre en arrêt maladie cette année. C'est d'ailleurs mieux si je garde mes problèmes pour moi. Au lycée je fais comme si tout allait bien en attendant ma titularisation. - je me suis suffisamment plainte au téléphone. Mon copain et ma famille n'entendent plus que cet auto-apitoiement et tout ce qu'ils trouvent à répondre maintenant c'est "ne t'inquiète pas, courage ça va aller". Ils ne voient pas mon quotidien et je me sens lamentable de leur renvoyer cette image pitoyable de moi-même. J'ai peur que ma relation à distance se dégrade si je ne fais que me plaindre au téléphone auprès de mon copain. (c'est horrible quand il me demande "quoi de neuf ? " ou "tu as fait quoi aujourd"hui ? " je ne sais pas quoi répondre à part "rien") - le clou du spectacle : Ma situation d'exil n'est pas temporaire. Dans ma matière, être prof à paris (revenir auprès de ceux que j'aime) relève de l'impossible (il faut attendre 20 ans, avoir 5 enfants, être mariée pour cumuler les points nécessaires). Je vais me pacser avec mon amoureux pour me rapprocher un peu, mais même avec ça, le mieux que je puisse avoir à mon âge c'est un poste en picardie : l'année prochaine je serai encore éloignée de mes proches, dans une région que je ne connais pas, à 2 heures plutôt que 7 de paris, certes… mais je n'imaginais pas ma vie comme ça. Je suis scandalisée que devenir prof soit si violent sur tous les plans. - j'espérais faire une thèse, mais enseigner en même temps que faire de la recherche relève pour l'instant de l'impossible. Les bourses sont très rares dans ma matière : c'est une porte de sortie que je vois se refermer petit à petit. Du moins pour l'instant. J'étais joyeuse comme un soleil l'an dernier (préparer l'agreg c'était la panacée comparé à être prof). Là je suis devenue morte comme un vieux morceau de bois. Je suis un zombie à l'intérieur, je gère tout pas par pas, je prends mon mal en patience comme un prisonnier qui dessine des petites barres sur le mur de sa cellule. Mais je ne sais pas combien de temps je peux tenir : mon moi intérieur se meurt et se dessèche au fil des jours. Au lycée je mets le masque de la prof souriante et joyeuse, et je mobilise toute mon énergie pour tenir bon contre la fatigue, l'ennui, la solitude et je compte les heures jusqu'aux vacances. Je deviens deux personnes différentes. Alors, oui c'est l'hiver, oui ça ne durera pas éternellement, mais je sens que je suis sur le point de craquer. Que faire ? Comment tenir le coup ? Merci à ceux qui m'auront lue jusqu'au bout. Je suis vraiment au bord de la catastrophe.
  Lire la suite de la discussion sur doctissimo.fr


217529
b
Moi aussi !
Vous avez peut-être vécu la même histoire ?

Signaler un abus
Les titre et syntaxe du témoignage ont pu être modifiés pour faciliter la lecture.


Histoires vécues sur le même thème

Qu'est-ce que vous voudriez dire a une personne a cet instant?

image

Je n'ai jamais essayé de la contacter, mais j'ai essayé de savoir plus ou moins ce qu'elle était devenue depuis ; mais comme j'ai coupé tout contact avec les personnes que je fréquentais à l'époque et que je ne suis pas sur Facebook, c'est...Lire la suite

Deprime total=retour a la realite - je gache ma vie

image

Bonsoir à toutes et à tous ! J'ai 24 ans et je sors d'une licence (niveau bac+3) sans avoir valider mon dilpôme. J'ai une petite amie qui m'aime et que j'aime, on est installé ensemble depuis 1 an et on prévoit de faire un enfant. Bref, je pense...Lire la suite


 

Témoignages vidéos
Déprime
Sur le même thème
Qu'est-ce-que la déprime ?
Voir tous les  autres témoignages