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J'ai peur de parler avec mon psychiatre.

Témoignage d'internaute trouvé sur forum-depression
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J'ai écrit à mon psy. Non pas pour lui révéler ce qui s'est passé. Ça je ne peux pas le faire c'est trop dûr. Mais je lui ai écris pourquoi j'avais si peur de parler…

Je vous mets une copie ci dessous :

Cher Docteur X,

Je me permets aujourd ? Hui de vous écrire car il y a tant de choses que je voudrais vous dire qui sont pourtant simples, anodines pour le commun des mortels, mais qui me sont difficiles à verbaliser.

Je n'ai jamais su dire les choses, les mots se sont toujours transformés en maux. Ce corps qui souffrent, cette violence intérieure contre Soi-même sans jamais réussir à la faire sortir ? Je suis un peu comme ma mère : rester dans le silence, ne pas s'exprimer.

Comme je l'ai toujours dit, j'ai une confiance en Vous que j'ai rarement eu pour une personne même dans ma famille.

Pour revenir à notre dernière séance notamment sur le jugement, ce n'est pas du psychiatre dont j'ai peur. Je sais bien que votre métier consiste justement à ne pas juger vos patients mais de les aider à trouver la voie de sortie et non pas la voie de garage comme c'est le cas aujourd ? Hui.

C'est de l ? Homme, en tant qu'être humain qui pense, qui doute, qui vit avec ses joies et ses peines, qui me fait peur. On pourrait se dire, ben justement, le psy est une personne comme une autre et il peut donc comprendre notre souffrance (en tant que père, en tant qu ? Homme ? ).

Vous allez trouver cela ridicule mais je préfère le dire (enfin l'écrire) , je ne sais pas si c'est de votre jugement (même s'il faut que j'arrive à me convaincre qu'il n'y a pas de jugement dans ce bureau) que j'ai peur ?

Ce traumatisme, cette dépression, a fait que j'ai toujours été exclue ou refoulée par les autres (ou plutôt certainement je m'interdisais d'avoir le droit d'appartenir à une "bande de copains" . Ce qui fait bien sûr que les rares personnes qui m'ont approchées (et je me disais enfin on me voit ! ) ont été des personnes qui m'ont utilisées ? Et m'ont donc laissé sur le carreau lorsque je me m'apercevais que je n'étais qu'une chose, une vulgaire chose. Tout comme j'avais été traitée par mon frère.

Vous m'avez repris un jour lorsque je vous ai dit "que ce soit moi ou quelqu'un d'autres qui fassent le chèque de 100 ? , ce serait pareil" . Je ne me rappelle plus tout à fait de votre réponse, mais je crois que dans votre phrase il y avait le mot "estime" .

Vous ne pouvez pas vous rendre compte que dans "mon monde" où beaucoup de monde ont fui à cause de la maladie, où j'ai l'impression de ne compter pour personnne (sf mon mari) , ce mot "estime" a une importance capitale. Je pourrais refaire mon sketch est-il sincère, dit-il ça à tous ses patients ? À la limite peu importe ? Cette certitude je ne l'aurais de toute façon jamais alors à quoi bon s'arrêter là-dessus.

J'ai peur de parler pour plusieurs raisons, mais il y en a une au moins que je peux dire : j'ai peur de perdre votre "estime" . Et c'est cette "estime" qui me permet aujourd ? Hui de venir chaque semaine, de tenir debout, me dire qu'au moins une personne m'écoute, ne remet pas en doute mon Histoire, ma douleur de Vivre. Et de ne pas me tirer une balle dans le caisson (pour reprendre votre expression). De toute façon ce n'est pas comme cela que je m'imaginerai partir ? Ce serait encore une violence de plus et la peur de se louper ? Il y a tant de moyens moins douloureux pour Soi ?

Je me raccroche à cette "estime" et cela n'est peut être pas positif dans une thérapie, j'en sais rien. Grâce à "Elle" j'ai l'impression d'être une personne humaine, et non plus un objet (sexuel ou de défouloir). Je n'ai que peu de valeur pour les gens qui m'entourent qu'il ne m'est pas facilement concevable que l'on me porte de l'attention (même si c'est votre métier).

Alors pour moi, perdre cette "estime" serait insupportable. Une fois de plus je perdrais de vue que je suis une personne à part entière.

C'est de cela dont j'ai le plus peur je crois.

Et puis, il y a tous ces psychiatres et psychanalistes que j'ai pu rencontrer depuis mes 21 ans, âge auquel je quittais mon copain alcoolique. Soit je n'ai jamais accroché, soit je n'était pas prête, je ne sais pas ? Mais ils ne m'ont rien apporté sauf des médicaments et une souffrance grandissante chaque jour un peu plus.

Ils m'ont fait parlé bien sûr. Presque tous m'ont dit que c'était tout de même étrange que j'attire tant de violence (mon frère, des gens qui m'utilisent, mon ex ? ). Puisque c'était étrange ? C'était que j'étais forcément responsable de leurs réactions vis-à-vis de moi. C'est cela que j'ai retenu.

Aucun d'eux ne m'a fait parlé de la violence que j'avais pu subir, j'ai l'impression que c'était secondaire. Et puis si, à leurs yeux, j'en étais presque responsable, à quoi bon creuser. Ce n'était certainement pas si grave, si destructeur. Alors on me faisait prendre des cachets et on me disait, allez "oublies et avances ? " . Mais je ne pouvais pas avancer. J'avais une "bombe" qui avait explosé dans ma tête et qui m'avait paralysé sur place.

Alors je changeais de psy quand j'en avais marre de faire un chèque pour être écoutée mais pas entendue. Ce petit jeu a duré des années.

Et puis j'ai rencontré une psychiatre un jour. Elle m'a parlé de résilience, m'a fait ingurgité des tas de livres de Boris Cyrulnik. J'ai cru en ce processus, j'y crois encore puisque j'espère pouvoir m'en sortir. Mais sans comprendre vraiment mon Histoire sauf avec le mot "inceste" , elle n'a pas eu la patience d'attendre le temps qu'il me fallait pour expliquer. Elle m'a dit un jour que j'étais une personne "non-résiliente" comme si je me plaisais dans ce statut de victime (que personne n'a jamais vraiment reconnu d). Etais ? Je encore responsable de ne pas vouloir avancer ?

Alors j'ai laché prise, tous ces psychiatres me fatiguaient et m'enfermaient un peu plus dans ma bulle comme quoi personne ne me comprenait, ou que personne ne me croyait. Ça ne servait à rien d'essayer de retrouver un médecin pour m'aider. Ça serait forcément pareil. Enfin, je le croyais.

Mais un jour, le généraliste m'a dit c'est la dernière fois que je prescrits un traitement anti-dépresseur. Il faut aller voir un psy. Alors je n'ai pas eu le choix que d'en trouver un nouveau.

J'ai rencontré alors le Dr Antona, puis direction Garches, puis vous.

Et puis ? Et puis vous vous êtes différents des psychiatres que j'ai rencontré avant. Vous écoutez mais il me semble bien que vous entendez aussi. Ce que personne ou presque n'a jamais fait avant.

Mais comment arriver à parler (même autour du sujet comme vous dites) en étant sûr que cela sert à quelquechose, et que ça ne fasse pas qu'ouvrir des blessures en les laissant à vif ?

Comment arriver à parler sans s'entendre dire qu'il y a sûrement une raison à toute cette violence ?

Comment réussir à "vider son sac" vingt ans après alors qu'on en a jamais parlé à personne, même pas à son propre mari ? Mari qui subit la dépression, qui subit le refus d'une vie sociale normale (invitation, sortie ? ) et qui subit l'absence d'une vie de couple. Là aussi, je suis responsable de le faire souffrir.

Alors c'est vrai, parfois je fais mine de ne pas être convaincue de vos paroles, et vous le voyez bien par mes hochements de tête. Mais comment y croire avec un grand C ?

C'est vrai aussi qu'après avoir dit quelques mots de mon histoire, j'appréhende chaque rendez-vous.

Pour toutes les raisons que j'ai pu évoqué précédemment mais aussi parce que j'ai peur que le jour où j'irais directement au c'ur du problème, de tomber dans un gouffre où je serais enterrée vivante.

C'est ce ressenti que j'ai un peu chaque jour quand le film tourne, tourne, et tourne encore. J'ai l'impression d'être au bord de ce gouffre.

Si j'écris cette lettre aujourd ? Hui, ce n'est pas que je cherche votre compréhension ou votre compassion. J'ai peut être besoin (encore) de me justifier par rapport à mon comportement lors de nos entretiens.

C'est peut être aussi, je m'en rends compte à l'instant même, que je pose un certain espoir dans cette thérapie malgré toutes celles qui ont échouées.

Je sais que j'aurais du vous le dire de vive voix, mais pour l'instant, cela ne m'était pas possible.

Vous en souhaitant bonne réception,

Bien Cordialement.
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136113
b
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