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La lettre de trop?

Témoignage d'internaute trouvé sur forum-depression
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Je me sens nulle ce matin. Je crois avoir fait une méga erreur en écrivant une nouvelle lettre à mon psychiatre, et c'est trop tard, elle est postée. J'avais écrit une 1ère lettre (cf thème abus sexuel) pour essayer de m'expliquer sur le fait que j'arrivais pas à verbaliser le traumatisme. Hier, j'avais une séance et on a abordé la lettre : il se remettait en cause, s'il avait été trop gentil, trop proche, trop bienveillant qui ferait qu'aujourd'hui lui parler serait une source d'angoisse par peur de le perdre (perdre son estime). Je ne me sentais pas bien, j'ai essayé de répondre mais je m'embrouillais, j'arrivais pas à trouver les mots… Avant qu'il vienne me chercher dans la salle d'attente j'étais pas très bien, mais quand je suis sortie j'étais vraiment mal avec une envie soudaine de lui dire que c'était la dernière fois que je franchirais cette porte. La porte s'est fermée, et je me suis dit à quoi bon continuer… un ras le bol quoi… et comme je ne sais pas "parler" en rentrant à la maison, j'ai écrit, vidé mon sac (sans même relire, je l'ai mis dans une enveloppe… Je crois que par cette lettre j'ai foutu en l'air une confiance qui s'était instauré depuis presque un an. Je crois que j'ai baissé les bras, je suis épuisée… ça n'en vaut pas le coup…

Je vous mets la lettre que je lui ai faite, mais j'en ai honte…

Docteur X,

Vous allez certainement vous dire qu'il ne faut pas que ça devienne une habitude que de s'exprimer par écrit et que le temps que vous passez à me lire devrait compter comme une consultation. Ce que je comprendrais d'ailleurs. Mais cette lettre sera la dernière, et je me dois de l'écrire ce soir "à chaud" car je pars à Toulon demain matin pour soutenir ma meilleure amie.

Mais avant de partir, je dois revenir sur quelques points. Je pourrais (ou devrais ? ) écrire et le faire brûler ensuite mais une fois couché sur le papier les mots ont-ils peut- être un sens :

Le but de mon 1er courrier n'était pas de faire naître en vous des doutes sur le comportement que vous pouvez avoir avec vos patients et vous demandez si vous avez commis des erreurs ou non. "estime" , "bienveillance" , "gentillesse" signifient "mentalement" pour Moi la même chose : je peux être appréciée pour ce que je suis et non pour la honte, détresse que je porte. Et c'est cela qui a certainement créée en moi cette confiance en Vous et non pas dans les psychiatres que j'avais déjà rencontré.

Je vous ai déjà parlé, il y a quelques temps à propos de votre chienne et de ses éventuelles sorties, de la peur de l'attachement et finalement aussi de la peur de l'impression d'abandon le jour où ça pourrait s'arrêter. Est-ce le même problème ici : s'être attachée à ces séances thérapeutiques et devoir tout arrêter (abandon) par honte de ce que j'aurais pu dire ou la honte de qui je suis (où que j'ai été). Honte qui reste un poids non mesurable aujourd'hui et qui mettra, j'en suis presque sûr, fin en la confiance que j'ai envers la personne qui saura enfin la vérité. Je crois que je ne pourrais plus regarder cette personne en face. Trop honte, trop peur, trop responsable de toute cette violence que je déclenche. Faudra-t-il alors tout reconstruire sur le plan humain /relationnel pour continuer à "travailler sur le traumatisme" ? Ça me semble si compliqué ; devrais &ndash ; je ressentir quasiment la même peur que lors du 1er entretien tout en sachant cette fois-ci que vous saurez….

Même si aujourd'hui j'ai un mari en or et que je n'ai pas peur qu'il me frappe, même si j'ai beaucoup progressé comme on a pu me le dire ce matin même (j'ai un confident Internet depuis presque 10 ans, journaliste à Libération, qui me fait aussi "beaucoup écrire") , même si je dis le mot "inceste" en vous regardant dans les yeux, je porte en Moi une violence intérieure qui se retourne contre Moi. Mais pas seulement, elle s'abat aussi contre celui qui m'est le plus cher : refuser qu'il m'approche, ne pas ou peu communiquer, crier de peur si je ne l'ai pas vu entrer dans une pièce… n'est ce pas là une violence morale que je lui inflige ? Il ne mérite pas ça, il ne me mérite pas.

Bref, ce n'était qu'une parenthèse qui ne méritait même pas d'être écrite… peu importe (je laisse mes mains écrire ce que la pensée leur dicte sans me relire vraiment, sinon ce ne serait pas sincère).

Revenons à ce bureau, aux fauteuils confortables, ce chien en peluche qui me rappelle que je me réfugiais dans "leurs bras" tous les soirs, ce globe terrestre tout en haut de l'étagère qui donne envie de partir loin, s'éloigner et laisser là ici dans cette pièce ce lourd passé.

Que retenir de la séance d'aujourd'hui ? De cette relation thérapeute / patient ? (réflexions personnelles bien sûr).

- NON, vous n'êtes pas responsable d'avoir créé un climat de bienveillance. Et si ce climat n'existait pas, je pense que comme je l'ai fait auparavant, j'aurai pris la porte sans jamais revenir. Je n'aurai pas avancé et être si prêt du "but" pour vouloir reconstruire à nouveau.

- NON, je ne viens pas pour faire semblant que tout va bien (au contraire d'ailleurs) pour vous montrer que vous êtes un bon thérapeute. Je ne sais pas mentir et puis je n'en vois pas le sens. Je pense que, comme tout un chacun, le thérapeute connaît ses qualités et défauts comme médecin alors à quoi bon pour le patient garder le masque en rentrant dans son bureau ?

- NON, vous n'êtes redevable de rien, il n'y a pas de pilule magique pour les maladies psychiques n'est ce pas ? Et puis faire basculer 20 ans de la Vie d'une personne en souvenirs ne se fait pas en quelques séances… C'est un travail à deux, encore faut il que les 2 y soient prêts !

- Et NON, il en est de même pour Moi, je ne me sens redevable de quoi que ce soit : si je refuse à nouveaux les électrochocs ou l'EMDR j'ai mes raisons et vous pourrez me dire ce que vous voudrez pour l'instant je ne changerais pas d'avis. C'est mon choix. Je ne dirais jamais AMEN à qui que ce soit parce que c'est un médecin. Je n'ai pas à lui faire plaisir : c'est de ma Vie dont il dépend dans cette thérapie et non du métier du médecin face à Moi.

- NON, je ne ressens aucune pression de votre part, je ne me dis pas quand je viens "bon, il faut que je lui crache le morceau" . Parfois je viens parce que je sais que je dois venir même si je ne sais pas de quoi nous allons bien pouvoir parler. Je me l'impose mais je ne le fais pas pour faire plaisir à qui que ce soit (mari, parents, vous) … c'est mon choix et uniquement mon choix car je sais que ma Vie n'est plus tenable ainsi et qu'il faut trouver une solution, un compromis pour remettre la "machine" en route.

- Il me semble que nous sommes libres, thérapeute comme patient, de dire à un moment qu'il n'est plus possible d'avancer pour x ou y raisons. De "transmettre" le dossier à un nouveau psychiatre pour le thérapeute, ou pour le patient de dire que tout ça ne sert à rien et que dans tous les cas, notre Vie est bousillée à jamais. Alors à quoi bon essayer de "réparer" .

Je vous ai dit que j'étais perdue, que je ne croyais plus aux psychiatres. Vous m'avez demandé "moi aussi ? " . Si tel était le cas, la séance n'aurait pas eu lieu je crois. Et pourtant, je ne vous place pas sur un pied d'estale par rapport aux autres mais parce qu'il faut absolument que je trouve une voie pour m'en sortir. Et j'ai l'impression que sur les 2 clefs qui libèrent la parole, vous pourriez peut être en avoir une, et moi l'autre même si je ne l'ai pas encore trouvé.

J'avoue me dire parfois que cela ne fait que remuer la souffrance, m'enfoncer un peu plus. Vouloir dire STOP.

Je vous en veux parfois, comme j'ai pu en vouloir à d'autres, parce que j'observe mon pillulier hebdomadaire en me disant "mais bon sang, est ce que ça vaut le coup ? " je le cache même à mon mari qui s'en rendrait malade de voir ce que je dois avaler par jour. Bien sûr, il y a pire…Moi je le sais : j'ai 2 bras, 2 jambes, des yeux etc… Alors j'avale et je ne dis rien. C'est pour mon bien…

Je vous en veux aussi (et c'est ridicule) tout simplement parce que je n'aurai jamais du me retrouver dans le bureau d'un psychiatre à cause de "ça" . Je voudrais être là pour d'autres raisons (rupture, deuil, ou je ne sais quoi encore &ndash ; des choses que tout un chacun a plus ou moins expérimenté) qui sont des étapes douloureuses, avec beaucoup de souffrances.

Mais qui peut vraiment comprendre la souffrance et la détresse que provoque un inceste ? On a beau lire des livres parlant du sujet, écouter des gens évoquant leur cas, être formé en tant que psychiatre pour entendre cela… On ne comprendra jamais la destruction qu'elle entraîne si on ne l'a pas vécue soit même. Vous me trouverez peut être nombriliste de dire ça, mais pour avoir été en séances de groupes (donc avec des cas différents) , on ne peut pas s'imaginer à quel point l'enfer est tout prêt quand on le vit mais aussi quand on le revit chaque jour après des années de déni.

Je le redis, je suis perdue en ce moment (je suis angoissée quand je viens en séance et quand j'en ressors) , Noël n'aidant pas (voir les gens heureux etc…, savoir que vous allez être comme des cons seuls face à votre assiette) , je ne sais pas / plus ce que je veux vraiment : 2 solutions :

- Se battre, prendre les médocs, venir aux séances régulièrement et y croire même s'il faut du temps (on n'est plus à quelques années près finalement, encore faut-il tenir le coup…).

- Tout plaquer car je suis malade à en crever, que je n'en peux plus, que je n'arrive plus à me battre, savoir que lui s'en sortira toujours (beau salaire, parents qui le reçoivent comme si de rien n'était etc…) , moi pas (juste l'envie de disparaître, oublier tout ça, vouloir ne jamais avoir existé).

Décision qui basculera dans un sens ou dans l'autre un jour … c'est comme si je roulais en ce moment à 150 km / h et qu'il y avait un mûr en face. Dois-je freiner ou non… l'Avenir nous le dira.

Dans tous les cas, sachez que je vous respecte et que je pense sincèrement que vous êtes un bon psychiatre (ni trop gentil, ni trop brutal ; ni trop borné sur une forme de thérapie plutôt qu'une autre). Vous êtes "juste" (si je peux me le permettre) un médecin ayant choisi la spécialité d'aider les autres.

Et pour se faire, vous n'avez pas choisi de "jouer" le sachant face à vos patients mais au contraire vous restez une personne entière, sincère :

- qui peut nous faire part de ses doutes (vous ne direz jamais je vais vous en sortir mais plutôt on va tout faire pour).

- qui peut nous faire part de sa propre expérience (pour nous montrer que l'on n'est pas si idiot de réagir de telle ou telle manière).

Pour finir, et comme je l'ai dit au début, ce sera ma dernière lettre (je ne trouve pas ça "honnête" d'écrire). Je ne remets pas en cause ma thérapie, les relations patients / thérapeute, mais mes facultés à retrouver des points de repères, réapprendre à Vivre par le simple fait de parler… J'aurai tellement voulu être comme la plupart des gens : construire une famille (sans oublier les animaux bien sûr ! ). J'ai l'impression que toutes ces batailles ne sont plus pour Moi. Que quoi qu'il se passe, c'est foutu d'avance. Je ne pourrais jamais avoir d'enfant sans craindre qu'il soit abusé à son tour. Je ne suis même pas sûre que je puisse un jour laisser le père seul avec l'enfant…

Dernier mot, une pensée à votre chienne, et une bonne santé à votre bout de chou pour passer l'hiver.

Je crois que j'aifoue ma thérapie en l'air pour avoir réagi à chaud, j'en peux plus, c'est trop dûr.
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108316
b
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