Histoire vécue Psychologie > Psychanalyse      (736 témoignages)

Préc.

Suiv.

Mais qu-est-ce que l'inconscient?

Témoignage d'internaute trouvé sur psychologies - 02/01/10 | Mis en ligne le 20/04/12
Mail  
| 295 lectures | ratingStar_243907_1ratingStar_243907_2ratingStar_243907_3ratingStar_243907_4
ARMOR. >> Voyez comme vous escamotez la construction que vous réalisez : aborder la famille à partir du désir, des interdits et du sexuel, c'est déjà de l'ordre de l'interprétation et donc de la fiction, je suis navré. Quant à la réalité sociale et culturelle, allez donc faire un tour du côté de l'anthropologie et vous constaterez que cette réalité est très diverse et que l'universel que vous croyez déceler en prend un sacré coup. C'est tout l'intérêt, à mon sens, des travaux de Tobie Nathan, qui est quand même psychanalyste, à la base. >> Non, effectivement, Freud l'a fait pour clouer le bec à Moll, qui l'avait précédé sur la question de la sexualité infantile. Du coup, Freud a inventé une étude de cas, "le petit Hans", et confirmé miraculeusement l'Oedipe qu'il avait "découvert" lors de son auto-analyse. Je ne sais pas, ça ne vous gêne pas ne serait-ce qu'un peu qu'en dehors des psychanalystes, personne, parmi les spécialistes de la psychologie de l'enfant, ne retrouve l'Oedipe en question ? Et même, vous, en tant qu'individu, si vous lâchez cinq minutes votre prêt à penser psychanalytique, vous ne trouvez pas ça absurde, cette histoire de désir sexuel de la mère et de désir de tuer le père ? >> Heu, non la réalité n'est pas un mythe, sinon, encore une fois, vous dissolvez le concept même de 'mythe' dans une tautologie. Comment le mythe pourrait-il se distinguer de la réalité si la réalité est elle-même un mythe ? Vous vouliez plus probablement dire que nous sommes comme voués à élaborer des mythes à propos de la réalité. >> Oui, enfin ici vous partez du principe qu'une démarche de changement consisterait essentiellement à bavasser, que tout se passerait au niveau de la parole, qui elle-même renverrait à l'inconscient. C'est ça qui est dommage avec la psychanalyse : même lorsqu'elle pourrait se révéler intéressante, son monoïdéisme et sa tendance à la pensée magique gâchent tout. Par ailleurs, je n'ai jamais dit que le mythe relevait de la pure invention délirante, mais qu'il s'agissait, dans le cadre thérapeutique, de bâtir avec le sujet une fiction qui lui permettra de résoudre sa difficulté. Le truc, c'est que normalement, lorsque le changement est réalisé, la fiction tombe. Or, là et ce n'est d'ailleurs pas la première fois que je vous le dis, vous vous accrochez à cette histoire d'Oedipe (entre autres) , comme si finalement il y avait quelque péril à la lâcher, cette fiction. >> Vous confondez deux choses : les causes éventuelles de votre discours (où je peux très bien admettre, entre autres déterminations, des processus inconscients) et les conditions de possibilité dudit discours (où là, c'est la conscience qui se donne d'évidence : pas de réflexion et de formulation sans elle). >> Freud défend un déterminisme prima facie. Il le dit lui-même : il ne croit pas au hasard psychique. Tout a toujours une cause et un sens (je passe sur l'amalgame freudien entre ces deux notions très différentes, amalgame dénoncé par Wittgensttein entre causes et raisons, causalité et intentionnalité). Dès lors, le moi n'est pas le maître dans sa propre maison, mais un simple valet, aux ordres d'un autre maître, caché mais bien agissant, pour ne pas dire dictatorial. C'est ça, la "révolution" psychanalytique : l'affirmation d'un sujet à l'intérieur du sujet, le second se donnant comme marionnette du premier. D'où ma question : s'il en est bien ainsi, comment faites-vous pour déterminer ce qui relève d'un désir inconscient qui "travaille" et ce qui relève d'un acte conscient ? Par exemple, dans le cas d'un lapsus : tout lapsus est-il selon vous "révélateur" ? Si oui, à quoi sert la conscience, sinon comment faites-vous le tri et accessoirement, quel pouvoir accordez-vous alors à la conscience ? >> L'idée que le langage est premier est contredite par les travaux de psychologie du développement qui montrent une conscience en amont du langage chez le nouveau-né. Ces mêmes travaux montrent que le nourrisson, lors d'être l'autiste que se représentent les psychanalystes (la fameuse "amibe freudienne", se révèle au contraire dès le départ un être d'interaction. Pour le reste, vous me pardonnerez (si j'ose m'exprimer ainsi ! ) de ne pas créditer une religion d'un quelconque savoir psychologique ; comme à chaque fois, il est très facile, lorsque la science a défriché le chemin, de prétendre que tout se trouvait déjà dans la Bible, mais qu'on avait mal lu. D'ailleurs, dans la Bible, il n'y a pas de néant originel, il y a un verbe originel, duquel tout le reste découle. Et la culpabilité surgit non pas de la parole, mais d'un acte violant l'interdit divin, autrement dit de la désobéissance à une Loi imposée sans d'autre explication. A ce titre, Adam et Eve ne sont devenus pleinement humains qu'après leur expulsion du paradis et précisément parce qu'ils ont désobéi. On admirera au passage la perfection de Dieu, "père indigne qui fait plus grand cas de ses pommes que de ses enfants" (Diderot). >> Attrayant ? Eh bien écoutez, dans mon expérience, ce que je propose – et que je n'ai pas inventé, à défaut des symboliques, je sais reconnaître mes dettes intellectuelles – effraie la plupart des gens, parce que cela les place face à leur responsabilité. Passé l'enthousiasme des premiers instants suscité par cette "possibilité", comme vous dites, il reste ce que les existentialistes appellent le délaissement : plus d'excuses pour son propre comportement, que ces excuses convoquent la société, Dieu, les gènes ou l'inconscient ; non, l'homme choisit et il choisit seul. Est-ce réalisable ? Dans l'exacte proportion où vous pensez que ça l'est. Si vous choisissez de refuser votre propre liberté, de vous rendre impuissant, alors ça n'est pas réalisable et votre vie durant vous donnerez dans ce que Sartre nommait la mauvaise foi ; c'est un jeu très à la mode, à notre époque. >> Il me paraît pour le moins hâtif de tenir le discours de la modernité pour délirant au prétexte qu'il remet en cause un certain ordre symbolique, pour lequel Lacan se ferait presque gardien du temple. Ce qui a semble-t-il échappé à Lacan, c'est que, contrairement aux époques antérieures, c'est l'individu lui-même qui est devenu la figure de la modernité et qui s'impose comme mode d'organisation sociale. Pour moi, ce n'est pas délirant, mais ça a un prix et sans surprise, peu de gens sont prêts à payer un tel tribut. La liberté, d'accord, mais il faudrait que les fers dont on s'est dégagé tout à l'heure reviennent tout soudain en renfort dès que l'angoisse pointe le bout de son nez. Ça, je le vois tous les jours en consultation. Une femme jouit d'une liberté sexuelle sans précédent, mais elle ne sait pas quoi en faire, voudrait que quelqu'un lui impose, du dehors, une quelconque morale. Un homme a tout loisir de donner un sens à sa vie, mais rien ne l'attire autant qu'un arrière-monde religieux où une autorité décidera pour lui. Non, la liberté, ce n'est pas délirant, mais je crois que très peu de gens peuvent la supporter. Raison pour laquelle il y aura toujours, de l'autre côté, des gens pour jouer le rôle du Maître : Lacan fut précisément de ceux-là, sans même s'en cacher et il trouva son public. >> Croire en LA solution est précisément le fait de personnes ayant un fonctionnement névrotique. LA solution n'existe pas, en revanche, il existe des solutions à élaborer en situation, dans une logique d'adaptation souple à la réalité. Les personnes ayant un fonctionnement sain rencontrent des difficultés, comme tout le monde, la différence c'est qu'elles ne s'en rendent pas malades, ni ne cherchent, précisément, une utopie (cf. Watzlawick) pour en sortir. Bref, de façon assez amusante, le fonctionnement sain implique une approche scientifique de l'existence : rigueur et invention. >> Vous évoquiez l'autonomie : l'autonomie, c'est, étymologiquement, "se donner à soi-même la Loi", en clair, décider seul, en conscience. Notre société se donne plutôt comme un théâtre d'hétéronomie, où triomphent infantilisation des individus et culture de l'excuse. Maintenant, comme toute société, la nôtre évolue et si je partage votre constat, je n'en déduis pas forcément la même chose, j'y viens ensuite. >> Personnellement, je ne crois pas du tout que l'homme moderne "conquiert sa liberté". Je crois au contraire qu'il la foule aux pieds, cette liberté, en s'imaginant "affranchi", précisément, de toute détermination (Dieu ou autre, peu importe). Bref, c'est une réaction non pas même d'adolescent, mais de sale gosse. Des sales gosses, j'en vois tous les jours, déguisés en adultes. Comment s'étonner dès lors que les rejetons d'aujourd'hui soient totalement paumés ? >> Je pense au contraire que les psychanalystes produisent, par leur discours, des effets de sens vecteurs d'aliénation, mais d'une aliénation qui se veut guérisseuse. C'est, après tout, le paradoxe de la cure : faire l'expérience de l'aliénation pour atteindre à la libération. Tout à fait d'accord en revanche sur la nécessité de l'acceptation. On gagne rarement quelque chose au déni de la réalité. >> Hum, je ne suis pas d'accord avec vous. Chercher une position qui "tienne", c'est fermer les possibles, c'est hypothéquer l'adaptation : vous ne pouvez pas savoir à l'avance quelle position sera "juste" par rapport à telle situation. Par conséquent et c'est là que je trouve Roustang très pertinent, le changement doit passer par ce moment particulier où le sujet est reconduit à sa singularité et s'abreuve à sa source. La position nouvelle vient ensuite. >> Là-dessus, tout à fait d'accord. >> Et vous voilà reparti : l'inconscient, l'oedipe, les conflits, bla. Bref, tout pour ne pas faire l'expérience de la singularité que j'évoquais juste avant et qui vous risquerait en tant que sujet. A vous lire, je songe à cette idée d'Octave Mannoni : la théorie sert à protéger l'analyste. Et le post-analysant, peut-être. Non, Roustang ne veut pas aller plus vite, il va au contraire à l'essentiel, quitte à contredire l'orthodoxie (je rappelle que Roustang fut psychanalyste). Quant à la "révélation" sur le divan : outre que Freud a vite abandonné la catharsis, Lacan ne disait-il pas quant à lui que l'analyse ne consiste pas en une initiation ? Kensho. >> Comme tout gourou, Krishnamurti a souvent dit tout et son contraire. Il a aussi dit "vous êtes l'humanité tout entière" (entretien avec Jonas Salk, in Krishnamurti en questions, 1998) , signifiant par là qu'il fallait arriver à extirper cette excroissance morbide dénommée "ego" pour parvenir à une sorte d'état universel, où chacun n'est plus personne, puisque tout le monde à la fois. >> Je distingue l'ego de son fonctionnement. Pour moi, l'ego c'est ce "centre de gravité narrative" (Dennett) , qui peut présenter un fonctionnement plus ou moins efficace. Je porte effectivement un jugement sur le fonctionnement en question, mais c'est un jugement de vérité, pas un jugement de la valeur : ça marche ou ça ne marche pas (et non pas c'est bien ou c'est mal). Quant au "vrai", personnellement, je n'y crois pas. C'est une des critiques que j'adresse à la psychanalyse : son platonisme, avec cette idée d'une vérité du sujet dont la découverte rendrait libre. Pour le coup, Krishnamurti se situe dans la même lignée idéologique. Il n'avait jamais dû entendre parler de l'hypnose. >> Hum, petite rectification : dans la relation thérapeutique, c'est le jeu d'interaction entre le psy et son client qui provoque la modification du comportement de ce dernier. Votre formulation semblait sous-entendre que le psy ferait tout, comme un médecin délivrant un médicament. >> Là vous éludez la question : Krishnamurti adhérait à certaines valeurs morales, nous sommes bien d'accord. Sauf que le monde ne s'est jamais gêné pour les bafouer, ces valeurs. D'où l'inévitabilité du conflit. Je profite de ce message pour vous souhaiter à tous deux, ARMOR, kensho, une bonne et heureuse année 2010.
  Lire la suite de la discussion sur psychologies.com


243907
b
Moi aussi !
Vous avez peut-être vécu la même histoire ?

Signaler un abus
Les titre et syntaxe du témoignage ont pu être modifiés pour faciliter la lecture.


Histoires vécues sur le même thème

Mon inconscient m'a largue une bombe en pleine gueule - psychanalyse

image

Exactement. On ne peut pas faire d'analyse avec un monsieur-je-sais-tout. C'est la raison de ma réticence à encourager st1g dans le cas présent. Cette posture "savante" et autoritaire de l'analyste peut faire illusion pendant un temps, et ensuite...Lire la suite

Grattage compulsif de plaies

image

Bonjour, j'ai 24 ans, suis en master 1 de psychologie et je ne savais pas que mon problème "existait" vraiment et que ça avait un nom. Je l'ai découvert en regardant toute une histoire et ça m'a soulagé de voir que je partage les mêmes...Lire la suite


 
Voir tous les  autres témoignages