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Je ne ressens plus rien, et je n'ai plus envie de rien

Témoignage d'internaute trouvé sur doctissimo - 02/11/10 | Mis en ligne le 06/08/11
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J'ai seize ans aujourd'hui, et cela fait plusieurs années que ça va de pire en pire. Je vois une psy depuis trois ans, qui ne m'a jamais rien dit, excepté "mal de l'adolescence" , et je ne sais pas ce que vous en pensez, mais personnellement, le prochain qui me sort ça je l'étrangle… Pour vous faire le topo, j'ai commencé à aller mal l'été de mes douze ans, si je ne me trompe pas. Rien de particulier, rebellatitude, geekattitude, marre des parents, qu'on me dise ce que je dois faire, toussa, et grande difficulté avec l'autorité, que j'ai encore d'ailleurs, mais depuis le temps j'ai appris à gérer ça un minimum. Jusqu'ici rien de très grave, la plupart des ados passent par là… J'ai toujours été très timide, ultrasensible, et ayant beaucoup de difficultés à m'intégrer dans un groupe. J'étais assez seule, peu d'amis en primaire et au collège, assez soumise, trop naïve, beaucoup de gens se foutaient de ma gueule, et il m'a fallu longtemps avant de commencer à réagir face à ça.

Mais soit. A l'âge de treize ans j'ai commencé à me scarifier. Honnêtement, je ne sais plus pourquoi. La solitude, le sentiment d'être de trop dans ce monde, étant donné que je ne me sentais pas acceptée par mes camarades de classe… Non, c'était surtout la solitude, cette énorme solitude, aucune épaule sur laquelle pleurer, c'est terrible. Et puis, je comme j'ai toujours été très altruiste, et un peu morbide, je m'étais inscrite sur un forum sur l'automutilation histoire de jouer à la psy, j'adorais ça… Et puis voilà, j'ai été contaminée. J'ai caché ça longtemps à mes parents, et puis quand ils l'ont découvert, la seule chose dont je me souviens est la réaction de ma mère : "Tu réagis comme une gamine. Il y en a qui sont beaucoup plus malheureux que toi." Aujourd'hui encore ça m'étonne qu'elle ait pu dire ça, ma petite maman chérie qui se couperait une main pour moi. Cette phrase n'était pas tellement fausse, mais mal dite, et dans ma logique tupeuxpasmecomprendre de l'époque, ça n'a fait qu'empirer les choses, et je me suis entaillée de plus belle, non pas pour soulager ma souffrance, mais pour me punir de "réagir comme une gamine" , et plus je me scarifiais, plus je m'en voulais, et plus je m'en voulais, plus je me punissais… En me scarifiant… Je m'autolapidais verbalement, je remplissais des pages entières, d'une écriture rageuse, de "pauvre merde, tu ne mérites pas de vivre, crève dans ton sang petite conne ! " Signé : bonne conscience !

A la fin de cette année scolaire j'ai eu une phase extrêmement difficile, je refusais de me lever le matin pour aller au collège, je me traînais par terre en pleurant et en hurlant qu'on me foute la paix - globalement, ça ressemblait à ça. Si bien que l'été arrivé, on m'a hospitalisée dans un service psychologique que j'ai haï de toute mon âme, et dont j'ai trouvé le moyen de me tirer au bout de quinze jours, en faisant en sorte d'aller assez bien pour qu'on me lâche la grappe. Année de troisième. J'ai eu des petits ennuis avec un ami à moi dont j'étais folle amoureuse, et j'ai commencé à bouffer comme quatre. Je me demande si ce n'était pas de l'hyperphagie, mais il manque la culpabilité dans mon auto-diagnostic. Je pouvais manger sans m'arrêter, ça me rendait heureuse. J'ai pris pas mal de poids.

Ce n'était pas une année si mauvaise que je m'en souvienne. J'ai rencontré ma meilleure amie actuelle, j'étais une petite fofolle pseudo-rebelle et bien dans sa peau, du moins en apparence, je fuckais le monde, je fumais des cigarettes quand j'en avais, je m'exprimais comme un rugbymen et life was beautiful. C'est en avril que ça s'est gâté, quand j'ai décidé d'arrêter de manger pour moultes raisons, comme quoi je m'en voulais d'être heureuse alors que tant de gens crevaient dehors sous la pluie en ayant tout perdu, et puis que soudain je me suis souvenue que je me trouvais trop grosse, et puis que l'anorexie était une maladie qui me fascinait… J'ai toujours eu des fascinations assez morbides… Eh bien voilà je l'ai eue mon anorexie. Avec boulimie inclue, que demande le peuple. Je ne pensais pas que c'était si difficile de se défaire de cet état d'esprit qui s'installe si sournoisement… Prise au piège, j'ai traversé une nouvelle période de refus scolaire et de pétage de câble général, renfermement, déprimes, légère misanthropie, fatigue physique et morale. On m'a renvoyé au même HP, j'y suis restée deux jours. J'ai profité de ma permission du dimanche pour m'enfuir et me rendre chez ma meilleure amie. On ne m'a plus jamais renvoyée là-bas, thanks you my Lord.

Et enfin, l'année de seconde. I was born at last. Pour la première fois de ma vie j'ai eu un copain, j'ai fait l'amour, j'ai commencé à fumer régulièrement, d'abord ces chères cigarettes, et puis des joints, j'ai joyeusement séché les cours, je me suis fait plein d'amis, j'ai rejoint la communauté de l'esplanade, cette bonne vieille esplanade, territoire de toxicos, marginaux, clodos et ados perdus. Enfin je me suis sentie exister, je me suis putain de sentie d'exister, je ne sais pas si vous avez déjà vécu ça… Le sentiment qu'enfin le monde vous accepte, vous avez trouvé votre place, l'Univers vous appartient, et Dieu sait que j'ai passé des moments mille fois magiques, entre les soirées, les bourrages de gueule, les rigolades sur la pelouse de l'esplanade. Les gens m'acceptaient. Les gens m'aimaient. J'étais forte, sociable, j'avais confiance en moi, j'échappais carrément à mes parents et je me sentais libre, et même si mes persistants troubles alimentaires me gâchaient la vie, ce fut la plus belle année de ma vie jusqu'à ce jour. La plus belle et la plus destructrice…

Entre le cannabis, l'alcool, la sexualité à risque, le total désintérêt scolaire, le rythme destructuré de cette existence instable et toujours en mouvement. Un monde où il se passe toujours quelque chose. Un monde actif. Un monde dans lequel je vivais… Je vivais… Même si je tenais mal l'alcool, mal le shit et que ça me déglinguait complètement la cervelle, je vivais à fond, le plus à fond qu'il m'était possible. Et puis il y a eu cette histoire, une histoire toute bête qui a tout coupé net. C'était en avril 2010. Je me suis fait plaquer. Tout simplement. Mais quand j'aime quelqu'un vraiment, je deviens dingue, plus dingue que je ne le suis en temps normal. Une centaine de somnifères cachés dans une pochette au fond de ma table de chevet, un reste de whisky-coca rapporté d'une soirée quelques semaines plus tôt - je ne vous raconte pas le goût -, et cette fois, heureusement que je ne tiens pas l'alcool, parce que ça m'a sauvé la vie. Si je n'avais pas gerbé mes trippes à cinq heures du matin, on m'aurait retrouvé morte. C'est ce qu'on m'a dit. J'ai passé une nuit horrible aux urgences. J'avais mal, physiquement, mentalement, je voulais juste que mon cerveau s'éteigne, que ma tête arrête de trembler, et avoir la paix, vous voyez… Lorsque j'ai ouvert les yeux le lendemain matin, ma vie s'était comme arrêtée. J'ai été quelques temps dans un état dépressif, trimballée par ma mère entre chez ma tante, chez mes grands parents, et chez moi. Il n'était pas question de me laisser seule. De toute manière je ne serais pas allée bien loin, entre état de tristesse infinie, passages léthargiques et crise d'angoisse et d'insupportable douleur morale… Ca a duré trois semaines environ, durant lesquelles j'ai été en HP, un autre service qui ne m'a pas plu non plus. Alors j'ai fugué. On m'a rapatriée, donné le choix entre ce service et un autre. J'ai choisi l'autre, qui a été le bon. J'ai passé un mois et demi là-bas. J'ai fait des rencontres inoubliables. J'ai passé des moments géniaux. J'ai compris des tas de choses. J'ai plus ou moins compris la vie, du moins l'autre, la vraie. J'ai retrouvé pas mal de force et de courage, j'ai arrêté le cannabis, et lorsque je suis sortie, je me suis mis en couple avec l'un de mes meilleurs amis, le seul qui ai tenu sa promesse lorsqu'il m'a dit qu'il ne me laisserait jamais tomber. A ce moment là j'avais tout abandonné, tout ce que j'avais construit l'année précédente. J'ai passé le mois de juin, juillet et août avec mon chéri, et c'était beau, sauf que quelque chose s'était brisé en moi. Plus ça allait, plus je réalisais que je n'étais pas guérie. En juillet je suis tombée enceinte. Ca a été physiquement très dur.

En août j'ai avorté, et je suis devenue une sorte de vieille pie rabat-joie, stressée, irritable et toujours fatiguée. Mon réseau social se limitait à ma famille proche et mon chéri. J'ai repris les cours à la rentrée, je redouble ma seconde. J'ai retrouvé pas mal de personnes dont j'ai été très proche l'année dernière, dans cet univers de défonce et d'éclate, mais à présent il y a comme un fossé entre eux et moi. J'ai essayé un instant de renouer avec eux mais j'ai abandonné. Toute complicité avait disparu. Nos rapports se limitent, dans les meilleurs cas, à bonjour, comment ça va, et une conversation quand j'ai vraiment de la chance, mais la plupart du temps il n'y a pas un regard. J'ai rencontré quelques personnes qui semblent apprécier ma compagnie mais je ne cherche plus à me rapprocher des gens. S'ils viennent à moi je ne les envoie pas bouler, mais je ne vais pas les chercher. Je suis redevenue solitaire. Je n'ai plus envie de courir après l'amitié si elle peut se briser si facilement… Je pleure pour un rien, je suis fatiguée, je vis dans le passé et je ne connais plus vraiment l'euphorie. Il ne me reste que la cigarette, dont l'odeur m'est parfois insupportable tant elle me rappelle des souvenirs. Je ne sors jamais. Je bosse, j'ai des bonnes notes au lycée, je passe le plus clair de mon temps avec mon chéri avec qui ça se passe super bien, d'ailleurs je crois que s'il n'était pas là, je n'aurais aucune raison de continuer. J'ai des projets d'avenir, je sais assez précisément ce que je veux faire plus tard. J'essaie de rester le plus terre à terre possible, histoire de ne pas me perdre, de ne pas retomber dans la folie. Je ne fous pas grand chose, hormis les cours, le cours de théâtre le vendredi, je reste toujours chez moi, avec mon chéri, et souvent je me fais chier, j'ai besoin de bouger, de faire des choses, je ne supporte pas cette inactivité, mais quand je prévois quelque chose, par exemple ce concert au RockStore dimanche soir…

Mais au dernier moment je n'ai plus envie, je me sens fatiguée, et puis je panique, j'ai peur des gens, de ce qui peut arriver, peur de sortir et de quitter ma bulle de solitude, j'ai juste envie de me pelotonner sur mon canapé (avec mon chéri) et d'être tranquille. Mon anorexie mentale a repris plein pot. Je vis dans les souvenirs qui me font souvent mal. Je répète les mêmes choses chaque jour, le quotidien est monotone, il ne se passe rien. J'attends que le temps passe. J'ai l'impression d'être une pièce de puzzle dans une mauvaise boîte… Je me sens inutile, stupide et encombrante. Je pleure pour un rien. Je me vexe pour un rien. J'ai peur de faire péter un câble à mon chéri qui est toujours là et qui me soutient énormément.

D'ailleurs sans lui je n'aurais aucune raison de continuer. J'ai des idées morbides, une fascination pour le suicide, je me demande souvent comment les gens réagiraient si je mourais, car j'ai l'impression que je n'ai pas ma place en ce monde, que je ne suis pas faite pour vivre, je trouve ça si dur. Je suis folle et je me sens inguérissable. Le monde me paraît parfois gris, bizarre, cauchemardesque. Je fais beaucoup d'efforts pour garder la tête hors de l'eau et retrouver un minimum de joie de vivre, de faire sortir ces sombres pensées de mon cerveau, d'être un minimum active et dynamique, m'accrocher aux bordures de ce gouffre intérieur dans lequel je me sens glisser à niveau. De redevenir l'ancienne Anna, celle qui riait pour un rien, qui courait partout et qui était motivée pour tout et n'importe quoi.

Pleine d'énergie, de joie, prête à faire n'importe quoi pour s'amuser… Trois ans que je suis suivie par cette même psy, qui ne me dit jamais rien, et à qui je n'arrive plus à parler de ce qui ne va vraiment pas. Trois ans que je me demande ce qui va pas dans ma cervelle. J'épluche les définitions psychiatriques, bipolarité, borderline, dépendance affective, dépression, et je me retrouve un peu dans toutes, absolument toutes, mais puisqu'on ne me l'a jamais dit j'estime que je me fais des films. Et même au niveau santé, ça va. Donc si j'ai bien compris, tout va bien, c'est ça, hein ? Si longtemps que je répète toutes ces histoires, aux gens, en face à face ou sur des forums, si longtemps que je m'essouffle à dire, à parler, et je suis fatiguée, tellement fatiguée… J'aimerais qu'on me dise enfin, qu'on me dise ce que j'ai vraiment, car je sais que j'ai quelque chose qui cloche, autre chose que ce putain de mal de l'adolescence…

Ca ne partira pas tout seul, et je crains que je devrai me battre pour que ça ne me suive pas jusqu'à mes quarante ans, alors leur mal de l'adolescence, excusez moi, mais je crois qu'ils peuvent se le mettre là où ils pensent… Je suis désolée, si certaines phrases peuvent sembler destructurées, s'il y a des fautes, mais je suis fatiguée.
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218273
b
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