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Abusée mais amnésique

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Bonjour à tous,

Je suis toute nouvelle sur ce forum et comme beaucoup ici, je viens à mon tour raconter mon histoire. Ce sera la première fois et j'avoue que j'ai bien du mal. Voici déjà plusieurs fois que j'y pense sans oser franchir le pas, mais j'ai besoin d'aide et de témoignages alors je me jette à l'eau dans l'espoir d'avancer.

Voilà, j'ai 39 ans, mariée et maman de trois beaux enfants.

Depuis de nombreuses années, je me cherche, je cherche à me souvenir mais rien n'y fait.

J'ai d'énormes doutes, j'ai fait beaucoup de recoupements et maintenant, depuis ce week-end en fait, j'ai compris que je ne me trompais pas… enfin je pense !

Voici mon histoire :

J'ai tout d'abord perdu mon papa alors que j'avais 4 ans. On ne me l'a pas dit, on m'a simplement parlé d'un voyage pour le travail, un déplacement longue durée en quelque sorte… et pour cause !

J'ai su qu'il était décédé (cancer) alors que j'avais déjà une dizaine d'années.

Très bonne élève toute petite, douée et motivée. J'ai commencé à tout foirer au collège, en 5e je crois.

Là, mes résultats ont commencé à chuter sérieusement. Arrivée en 3e, redoublement obligatoire (alors que j'avais toujours été en avance). S'ensuit une orientation ratée et un massacre scolaire : je comptabilisais les demi-journées d'absence par soixantaine par trimestre !

Ma mère, démissionnaire car embourbée dans ses propres problèmes, me demandait de signer mes bulletins et mes contrôles. Aucun suivi donc et pour moi, devenue si mal dans ma peau, une ouverture vers la "liberté".

J'ai donc séché les cours en quantité. Je faisais du stop pour rentrer chez moi, j'ai commencé à fumer des pétards à cette même époque, je sortais beaucoup et cumulais les petits amis.

A la maison, c'était l'horreur : alcool, violences verbales et parfois physiques, mère dépressive et alcoolique, frère ingérable (alcool et violence) , beau-père dépassé, soeurs qui quittaient le nid familial les unes après les autres…

Je n'ai pas souffert physiquement de la violence (à part quelques "errances" de ma mère) mais j'ai été traumatisée par la violence verbale et tout ce que j'ai vu (tentative de suicide de ma mère, de mon frère, de mes soeurs, brutalité…).

A 15 ans, j'ai moi-même fait une tentative de suicide : deux jours d'hospitalisation et un refus de retourner à la maison.

Quelque temps après, insultes de ma mère mal digérées (ultra vulgaire) : fugue. Je suis partie 5 jours, j'ai erré dans les rues, je n'ai pas mangé, j'ai dormi dehors, près d'usines…

Bon, dans les grandes lignes, voilà mon ado.

A présent que j'ai bien tourné autour du pot, je vais enfin tenter d'aborder le sujet…

Donc, dans cette vie désordonnée et chaotique, des faits sexuels sont "devinés". Mon frère a visiblement subi des abus (par recoupements) et va toujours très mal aujourd'hui. Il refuse de parler et n'a même jamais évoqué le sujet. Pourtant, tout correspond.

De leur côté, j'ai su que mes soeurs avaient subi des attouchements par mon grand-père paternel (décédé alors que j'étais encore petite fille). Elles n'en parlent que peu mais en souffrent beaucoup et ont toutes un lourd passé dépressif.

Quant à moi… moi je n'ai pas de souvenirs, juste de gros soupçons, quasiment avérés au vu de ce que j'ai pu lire sur le sujet. Mon mari est convaincu et dit ne pas pouvoir penser autrement.

En effet, au jour d'aujourd'hui, ce qui me fait dire que j'ai subi des abus sexuels, ce sont tous ces doutes que j'ai toujours entretenus et ces "tares" que je me traîne inexorablement. Pour faire dans le bref :

- Insomnie, ou plus exactement, refus du lit (coucher à 5/6h du matin).

- Libido inexistante ou presque.

- Jamais eu de plaisir sexuel pendant un rapport.

- Complexes injustifiés.

- Anorexie, limitée, depuis toute petite (on me faisait du chantage pour que je mange : "Si tu manges ça, tu auras ça"…).

- Automutilation (limitée également).

- Refus des soins dentaires.

- Cumul des relations affectives (petits copains).

- Echecs sentimentaux à répétition (3 mariages, 2 divorces).

- Addictions diverses (alcool, drogue).

- Peur puissante de la trahison.

- Manque énorme de confiance en moi.

- Dévalorisation permanente.

- Instabilité professionnelle.

- Instabilité générale (déménagements fréquents).

- Dépressions.

- Isolement et repli total (je ne sors que très peu).

- Phobies en tout genre.

Bref, la liste est longue et je sais que j'en oublie mais voici, dans les grandes lignes, ce qui me pourrit la vie.

J'ai cherché dans tous les sens, j'ai essayé de me souvenir. Je ne vois que lui : un "ami" de la famille qui était un pauvre type et qui a vécu chez nous pendant plusieurs mois, voire années. Alcoolique à souhait.

Je me souviens de cette fois où je revenais du centre-ville avec lui, en bus (j'avais 8 ans environ). J'avais les bras chargés de cadeaux : disque, livres, tambourin…

Je nous revois installés à une terrasse de bar, il fait beau.

Pourquoi, je ne sais pas, mais je suis intimement convaincue que ce jour-là au moins, il s'est passé quelque chose…

Un dernier point sur lequel je voudrais m'exprimer :

Suite à ma dépression, j'ai entamé un travail sur moi avec une psychiatre. Seulement voilà. Une des dernières fois où l'on s'est vues (elle a été malade ensuite et je n'ai pas eu le courage d'y retourner) , on a abordé le sujet des abus sexuels et je lui ai parlé de mes convictions.

Là, elle a fini par me dire que j'avais aussi l'option de laisser tout ça derrière moi puisque je ne me souvenais pas, en me disant qu'il ne s'est jamais rien passé. Puisqu'il y a un doute, autant se dire que rien n'est arrivé et continuer son chemin.

Seulement voilà, depuis cette dernière fois où je l'ai vue et où on a parlé de tout ça, j'ai l'impression qu'on a laissé une "porte ouverte" : mon refus du lit est devenu incontrôlable et je n'arrive plus du tout à aller me coucher avant le petit matin, ce qui me pose un énorme problème car j'ai mon petit dernier à emmener à l'école entre autres…

Je suis fatiguée, usée et je n'arrive pas à aller me coucher, quelle que soit l'heure de mon lever et les heures de sommeil des dernières jours. Je raconte cela en disant que je me sens retenue par une ombre noire bien plus forte que moi qui me scotche sur place et m'empêche d'aller dormir.

Vidée, écoeurée par toutes ces certitudes, paumée.

Voilà, j'ai écrit très longuement et je ne sais pas si vous aurez eu le courage de me lire jusqu'au bout.

J'ai besoin de vous lire, de mieux comprendre, d'aller mieux.

Je n'ai volontairement pas parlé de ce que je ressens en tant que "présumée victime", car j'ai déjà fait bien long alors ce sera pour une autre fois… si vous pensez comme moi que j'ai été abusée.

Merci à ceux qui prendront la peine de me répondre…

Bonne journée à tous.

LaRadiolina.
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16587
b
Moi aussi !
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