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cancer du sein à 28 ans

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Un mauvais pressentiment.

Isabelle a aujourd'hui 31 ans. En juin 2003, elle a 28 ans et c'est en s'appliquant de la crème sur le corps après sa douche, qu'elle détecte une grosseur dans l'un de ses seins. "J'ai tout de suite eu un mauvais pressentiment. J'avais une poitrine généreuse, comment pouvais-je déceler quelque chose si ce n'était pas déjà important ? J'avais vu ma gynécologue six mois avant et elle n'avait rien senti." Isabelle prend immédiatement un rendez-vous chez celle-ci. Le hasard fait qu'elle devait voir quelques jours plus tard son médecin du travail. Elle lui en parle. Celui-ci lui recommande de faire rapidement une mammographie et lui décroche un rendez-vous pour le lendemain matin. "On m'a fait une mammographie et une échographie. J'ai immédiatement vu à la tête du spécialiste que ça n'était pas anodin. Il m'a annoncé que je devais faire d'autres examens et voir ma gynécologue au plus vite. J'étais paumée, anéantie. J'ai appelé le médecin du travail qui m'a envoyée consulter un grand professeur."

Atteinte dans sa féminité.

Commence alors pour la jeune femme un véritable parcours du combattant. Car tous les examens (radio des poumons, scintigraphie, échographie du bas ventre…) ne se font pas dans le même lieu. On lui fait une biopsie très douloureuse. Elle ressort de cet examen avec pour conclusion qu'il y a une très forte "chance" que la tumeur soit maligne. Mais ça n'était pas sûr à 100 %. "J'espérais encore que ce ne soit pas grave. Lors de tous ces examens vous n'êtes qu'un numéro. Vous ne vous sentez plus une femme, vous êtes atteinte dans votre féminité. Je n'ai pas toujours été bien accueillie dans ces centres d'examens, comme si mon jeune âge mettait mal à l'aise les médecins. Heureusement j'étais bien entourée par ma famille et mes amis." Le diagnostic est posé. Le nodule est cancéreux et Isabelle doit rapidement subir une intervention chirurgicale pour qu'on lui enlève.

Pas une mais deux tumeurs.

Deux jours avant l'opération, Isabelle a l'impression de sentir une deuxième boule au dessus de l'aréole. Elle confie son doute à l'un des médecins qui la reçoit avant l'intervention. Ce dernier lui conseille d'arrêter de se chercher des anomalies partout ! Pourtant, son doute sera bien confirmé. On lui retirera deux tumeurs de deux centimètres chacune, ainsi que tous les ganglions. Heureusement, le Professeur qui la suit refusera qu'on pratique une ablation totale du sein. "Pour lui, je n'y avais pas été préparée avant l'intervention. On ne pouvait pas me faire cela à mon âge. Même s'il persistait un risque de voir apparaître d'autres tumeurs. J'étais désormais une femme abîmée. Pendant quelques jours, je me suis dit que ce n'était pas possible que ce soit à moi que cela arrive. J'étais heureuse, plutôt gâtée, je me sentais belle et pleine de vie. Puis je me suis dit, OK tu as un cancer et tu vas te battre, tu ne vas pas mourir."

Des traitements lourds.

Isabelle a ensuite commencé ses six mois de chimiothérapie. Un protocole très lourd car plus la malade est jeune, plus le cancer est agressif et vigoureux. Puis elle a enchaîné par de la radiothérapie et est toujours sous hormonothérapie (traitement visant à bloquer la fabrication d'hormones par les ovaires entraînant une ménopause).

La jeune femme avait des cheveux magnifiques, très longs. Elle a commencé à les perdre par poignées. "C'était horrible, moi qui était si fière de mes cheveux. J'ai commencé par les couper puis un ami me les a rasés. Je me suis retrouvée nue comme un vers. J'étais en pleurs. C'est à ce moment-là que j'ai vu la mort en face." Malgré cette terrible épreuve, la lourdeur des traitements, Isabelle ne baisse pas les bras et continue à vivre le plus normalement possible. Elle travaille, sort avec ses amis. Elle a la chance de ne pas trop souffrir des effets secondaires dus à la chimiothérapie. "Au début quand je sortais avec ma perruque, j'avais le sentiment qu'on ne voyait que cela. Au bureau mes collègues ont été très sympas. Il m'est même arrivé de l'enlever. Je m'autorisais aussi à craquer quand j'en avais besoin. Mais c'est évident que le regard des gens change. On y voit de la pitié, de la peur, de la compassion. C'est parfois dur à accepter."

Une vie désormais fragile.

"C'est dur de vivre comme une femme ménopausée à 31 ans. Si je le supporte relativement bien d'un point de vue physique, psychologiquement c'est beaucoup plus difficile. Mais pour le moment je n'ai pas le projet de faire un enfant, c'est déjà ça. Quelque part je dirais que le cancer m'a facilité la vie. Désormais je relativise beaucoup de choses. Je fais plus attention à ma façon de vivre, à mon alimentation, à ma conduite en voiture." Isabelle est consciente que sa vie est devenue fragile, mais elle se refuse à penser à la mort. Et si elle a accepté de témoigner c'est qu'elle juge utile de montrer que le cancer ne touche pas seulement les personnes plus âgées, mais aussi les jeunes, et ce, même si comme dans son cas il n'y a aucun antécédent familial.
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b
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