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Punie par l'ordre des médecins pour s'être guérie autrement

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Le Docteur Isabelle Godfroid est diplômée de la Faculté de médecine de Paris en Médecine générale, Gériatrie, Gérontologie.

Ayant passé trois ans en cancérologie à l'Institut Gustave Roussy de Villejuif elle savait ce qui l'attendait lorsqu'elle a découvert qu'elle était elle-même atteinte d'un cancer. Elle a donc préféré se soigner "autrement", grâce à des méthodes douces mais "illégales". Et comme ces traitements lui ont réussi, elle a voulu faire profiter de son expérience d'autres personnes, attirant sur elle les foudres de certains de ses confrères.

Aucun de ces nombreux malades n'a jamais porté plainte contre elle, mais elle a cependant été radiée à vie, en janvier 2000, pour "charlatanisme".

Donnons la parole à Isabelle Godefroid.

Tout a commencé en janvier 1995. J'exerçais alors la médecine générale depuis 1980 ; une vie bien remplie qui me plaisait. Les mutations professionnelles de mon mari m'avaient amenée à m'installer dans un petit village d'Ardèche où le travail ne manquait pas. J'étais également médecin capitaine des pompiers bénévole pour le canton, responsable d'un caserne d'une centaine de pompiers. J'avais été choisie par la Faculté de Médecine de Lyon comme maître de stage (formation pratique des étudiants en fin d'études de médecine) , dans le cadre de la formation continue, je faisais également des émissions médicales sur Radio-France. Mère de trois jeunes enfants, je participais activement à l'Association des parents d'élèves.

Je venais d'avoir quarante et un an et décidai de passer une mammographie de contrôle comme je le préconisais à mes patientes de la quarantaine. Et là, tout a basculé : découverte d'un cancer du sein étendu. Pronostic de survie : 18 mois.

Durant mon cursus médical, j'avais fait ma thèse avec les professeurs Mathé, Schwartzenberg, Jasmin et Hayat. Je savais donc exactement le programme et les souffrances qui m'attendaient, pour un espoir bien faible.

Depuis quelques années, j'avais complété mon arsenal thérapeutique par la pratique de médecines alternatives (mésothérapie, oligo-éléments, homéopathie, médecine énergétique) et application de mesures diététiques saines, majorant ainsi les résultats de guérison chez mes patients qui en étaient ravis. Mais je n'avais rien tenté dans ce sens en cancérologie, laissant les spécialistes faire leur travail quand un cas de cancer se présentait chez l'un de mes patients. J'ai alors pensé que je n'avais rien à perdre d'essayer ces médecines alternatives dans le cas de mon propre cancer et peut-être tout à y gagner ?

J'ai cessé du jour au lendemain toutes mes activités, gardant cependant cinq malades par jour afin de ne pas perdre en plus le moral car j'avais besoin de mes malades, et me suis lancée à fond dans mon traitement. Je venais de lire un livre très bien documenté de la journaliste Simonne Brousse : Cancer, médecine en péril, où il est question de nombreux traitements alternatifs. Je me suis donc mise en rapport avec elle. Par son intermédiaire, j'ai été en contact téléphonique avec de nombreuses femmes de toute la France, atteintes de cancers du sein et ayant choisi les traitements alternatifs. Des témoignages bouleversants, des échanges ouverts, de femme à femme, qui nous soutenaient dans nos isolements respectifs devant une telle maladie. A ma grande joie et mon émerveillement, dix huit mois plus tard j'était toujours en vie, en forme, mais me posant des question sur mon avenir car je n'avais plus de références, cette expérience ayant bousculé des certitudes dans la médecine qu'on m'avait enseignée.

En décembre 1996, les ennuis ont commencé. Mon histoire avait circulé, des patients avaient posé des questions. Après avoir dit que j'allais mourir à cause de mon choix, mes confrères se mirent à affirmer que je n'avais jamais eu de cancer. Je commençai à me rendre compte que pour un médecin, avoir osé utiliser des médecines non officielles gênait l'ordre établi, même s'il s'agissait d'un problème strictement personnel où ma vie était en jeu. Cela risquait de remettre en question bien des idées reçues. Je devenais donc un médecin suspect.

Etant encore trop fatiguée pour reprendre les gardes, j'ai demandé un report d'un an afin de me reposer. Le Conseil de l'Ordre a alors exigé une expertise devant un médecin expert auprès des tribunaux, procédure exceptionnelle car les confrères qui ont eu de graves problèmes de santé n'ont jamais été amenés à en fournir les preuves. Mais ils s'étaient soignés de façon classique, ce qui "grantissait" l'authenticité de leur maladie.

Après plusieurs mois d'échange de recommandés, convocations, nouveaux bilans auprès de spécialistes, attente de résultats, le Conseil de l'Ordre a conclu à l'existence de problèmes de santé justifiant une dispense de garde ; mais je n'ai jamais pu obtenir de double du compte rendu d'expertise. Tout ce harcèlement de confrères mettant en doute mon honnêteté m'a profondément ébranlée. Un nodule bénin sur l'autre sein s'est alors mis à quadrupler de volume, constatation inquiétante étant donné mes antécédents médicaux.

Cependant, ma santé étant apparemment stable, j'envisageais de reprendre un autre type d'activité professionnelle, mais il n'était plus question de retrouver le rythme trépidant d'avant. Ayant mon diplôme d'homéopathie (c'est une tradition familiale : mon grand-père était aussi homéopathe et avait déjà des problèmes avec le Conseil de l'Ordre et ses confrères ! ) , je décidai d'exercer comme homéopathe. Les rumeurs continuaient, toujours de même origine, on murmurait même le mot "secte" (c'est le cheval de bataille du Conseil de l'Ordre contre les homéopathes). J'essayai de passer outre jusqu'en décembre 1998, où une plainte a été déposé contre moi au conseil départemental de l'Ordre de l'Ardèche par un homme de la région de Limoges, après le décès de sa femme d'un cancer du sein qu'elle avait décidé de traiter par médecine alternative uniquement. Il déposait plainte pour utilisation de médecines non "prouvées" et de la médecine du Dr Hamer. Pièces jointes au dossier : deux courriers adressés à sa femme deux ans auparavant, à la suite de deux conversations téléphoniques que nous avions eues à cette époque. Il est vrai que je n'aurais jamais du écrire sur papier à en-tête et signer puisqu'il ne s'agissait pas d'une consultation mais d'un échange d'expériences entre deux femmes atteintes d'une maladie commune.

Dans ces courriers, je lui donnais les références de livres à lire, insistant beaucoup sur la nutrition, l'approche psychologique des cancers et les moyens d'essayer de résoudre les désordres. Dans l'une de mes lettres, je faisais également allusion à un chercheur dont elle attendait un produit et s'inquiétait de ne pas l'avoir encore reçu. La sentant très dépressive, je l'avais mesurée à distance avec l'antenne de Lecher (ce qui est d'un usage classique avec ce genre d'appareil) et lui faisais part des résultats concernant son état de santé d'alors. Je précise que tous ces moyens thérapeutiques ne sont ni mystérieux ni secrets.

Quant au chercheur en cancérologie, il s'agissait d'un vétérinaire actuellement à la retraite qui a travaillé à l'institut Gustave Roussy sur les cultures cellulaires cancéreuses et la perte d'adhérence membranaire. Travaux également effectués par le Pr Luc Montagnier (cf. La Recherche vol.1 de mai 1970) sur la réversion cellulaire (récupération des propriétés membranaires).

Le Conseil de l'Ordre n'attendait que cela et s'est précipité sur cette plainte, la seule à ce jour en vingt ans d'exercice libéral de la médecine. Alors qu'on m'avait assurée qu'elle n'était pas recevable, j'ai été convoquée à huis clos par le Conseil départemental et "cuisinée" pendant deux heures par quinze confrère agressifs (dont plusieurs étaient également médecins pompiers et connaissaient mon intégrité morale et professionnelle). Aucune humanité, aucune civilité, c'était le retour de l'Inquisition. Pendant cet interrogatoire je n'ai fait qu'exposer à leur demande les faits décrits ci-dessus et les méthodes thérapeutiques que j'avais utilisées exposé déstabilisant pour des médecins déniant toute efficacité aux médecines autres que la médecine officielle. Ils ont alors remis à nouveau en doute l'existence de mon cancer et, malgré l'expertise, ils ont affirmé qu'ils n'en avaient aucune trace ! Ils ont pris soin d'ajouter que, de toute façon, mes problèmes personnels n'avaient rien à voir avec la plainte présente.

Je suis partie tremblante, effondrée. Au cours des jours qui ont suivi, j'ai fait une grave rechute de cancer. En attendant les résultats de mon interrogatoire, j'ai donc repris mes traitements alternatifs puisqu'ils m'avaient réussi la première fois. Le Conseil de l'Ordre conclut à l'atteinte de plusieurs articles du Code de santé publique.

Article 13 et 14 : divulgation au public de méthodes non confirmées.

Article 32 : soins non consciencieux sans examen direct du malade, utilisant des méthodes personnelles non basées sur les données acquises de la science, sans conseil d'appel à des tiers compétents.

Article 35 et 36 : information loyale et consentement du malade.

Article 39 : utilisation de procédés illusoires et insuffisamment éprouvés.

Le conseil s'est associé à la plainte de ce monsieur et a décidé qu'un pareil dossier ne relevait pas de sa juridiction.

Le Conseil départemental a appuyé cette plainte et m'a accusée de charlatanisme, puis a conclu que pareil dossier ne relevait pas, non plus, de sa juridiction. L'affaire a donc été transmise au Conseil régional de la région Rhône-Alpes. C'est alors que j'ai décidé de prendre un avocat, me sentant dépassée par les évènements.

J'étais convoquée en juin 1999 à Lyon. Me sentant de plus en plus mal, je ne me trouvai pas en mesure d'affronter un nouvel interrogatoire, c'est ainsi que mon avocat s'est occupé de l'affaire. La sanction décidée par le Conseil régional fut inattendue et démesurée par rapport à la plainte : "radiation définitive avec interdiction à vie d'exercer la médecine" sans qu'aucune enquête morale ou professionnelle n'ait été effectuée auprès de mes nombreux patients qui m'ont tous proposé leur soutien. Sur les conseils de mon avocat, j'ai fait appel auprès du Conseil national. Nouvelle attente, nouveaux échanges de recommandées, certains même laissant planer un doute sur mon équilibre mental, autant de coups de massues reçues.

Un matin de novembre 1999, je reçus une convocation de la gendarmerie sur ordre du procureur de la République suite à une plainte. Je m'y rendis aussitôt, fort heureusement, car les gendarmes m'ont par la suite avoué qu'ils étaient mandatés pour me garder à vue. Trois heures et demi d'interrogatoire non-stop par des professionnels qui connaissaient bien leur métier car ils faisaient partie de la brigade anti-secte, celle qui avait été chargé de l'enquête sur la secte Horus dans la Drôme.

La réalité était enfin dévoilée. Un médecin homéopathe atteint d'un cancer qui se soigne avec des médecines alternatives est forcément un gourou de secte, dangereux et à éliminer à tout prix, pour le Conseil de l'Ordre.

Non satisfaits par la sentence de radiation définitive, le Conseil régional de l'Ordre avait porté plainte contre moi auprès du procureur de la République, m'accusant d'homicide involontaire.

Nous arrivions en plein délire : d'une part le mari ne m'accusait pas d'avoir tué se femme mais seulement d'utiliser des médecines non éprouvées, et, d'autre part, je n'avais jamais vu cette femme ; les seuls contacts que j'avais eus avec elle ont été téléphoniques, à deux reprises et deux ans et demis avant son décès. Mais la plainte ayant été déposée par une instance aussi "respectable" que le conseil de l'Ordre des Médecins, l'affaire devait suivre son cours, d'où l'enquête de gendarmerie. Les gendarmes arrivèrent de Limoges avec un épais dossier concernant cette femme, sa famille, sa vie, ses choix thérapeutiques. Depuis le mois d'août, nous avions constaté des phénomènes bizarres sur notre ligne téléphonique : en effet, cela faisait huit mois que nous étions sur écoute permanente, ce qui nous fut confirmé plus tard par des spécialistes !

En janvier 2000, accompagnée par mon avocat, je passais enfin devant la section disciplinaire du Conseil de l'Ordre, à Paris. Mais l'affaire était jugée d'avance : aucune discussion, aucune trace d'une quelconque curiosité scientifique ou intellectuelle, aucune dignité. Autour de moi, je ne découvrais qu'ironie, ricanements, mièvreries, c'était lamentable ! J'avais apporté des précisions concernant l'antenne Lecher et les travaux du chercheur cité dans mes courriers. Tous ces arguments semblèrent inutiles, dérangeants, incompréhensibles même. Mes juges changèrent aussitôt de sujet, laissant entendre que le problème n'était pas là. De plus, personne ne mentionna l'accusation gratuite d'homicide, objet de la plainte au procureur de la République. Lorsque j'en parlais, ils semblèrent tomber des nues ! Je finis par me demander si je n'avais pas rêvé toute cette histoire.

Je rentrai en Ardèche complètement abattue, attendant les résultats du nouveau verdict qui arriva un mois plus tard. Il confirmait la sanction : radiation définitive pour charlatanisme, interdiction d'exercer la médecine à vie et tous les organismes officiels devaient en être informés (Conseils départementaux et régionaux de l'Ordre, préfecture, DDASS, URSSAF, conseil de l'Ordre des Pharmaciens, Sécurité Sociale, etc.). Bref, j'étais marquée au fer rouge avec prière de régler au plus vite les frais d'audience !

Quinze jours plus tard, alors que je n'avais plus de nouvelles concernant l'enquête de la gendarmerie, je reçus un avis de mise en examen de la part du juge d'instruction du tribunal de Grande Instance. L'affaire suivait son cours logique.

En octobre 2000, je n'ai toujours pas de nouvelles du juge d'instruction. L'affaire traîne, usante. Ma santé s'en ressent sévèrement, alternant les phases d'aggravation et d'amélioration. Il m'est difficile de rester optimiste face à tout cet acharnement qui ressemble à de la persécution et n'est pas sans rappeler certaines méthodes gestapistes : dès que j'émerge un peu, on replonge ma tête sous l'eau D'ailleurs, le Conseil de l'Ordre n'est-il pas une invention du gouvernement de Vichy ?

Et tout cela pour avoir choisi de me soigner différemment, n'ayant que dix huit mois de survie devant moi. C'était il y a cinq ans et demi !
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3938
b
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Par fan27 | le 01/01/10 à 12:32

Oui nous avons aussi les effets dévastateurs http://seulomonde.canalblog.com/

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