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Ce n'est pas facile de dire ses sentiments à un malade du cancer

Témoignage d'internaute trouvé sur e-sante
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Avec mon père, j'ai parlé de tout ça c'est vrai, mais j'ai toujours attendu que ce soit lui qui entame le sujet le premier. Il y a eu plusieurs étapes, la première fut l'espoir de la rémission. On lui avait même posé le cathéter en vue d'une chimio qu'il n'a jamais pu faire. Là je l'ai laissé dans ses espoirs jusqu'à ce qu'il se sente de plus en plus faible. Un jour il m'a demandé si ça valait la peine de penser encore à une chimio. Là je lui ai dit qu'au stade où il en était, c'était devenu inutile. Alors il a oublié cette idée de rémission. Puis vinrent les stades où il a dû accepter l'idée de mourir très bientôt. Un jour il m'a dit : - Dis-moi la vérité, je pense que je n'ai plus aucune chance de m'en sortir, je vais mourir, n'est-ce pas ? Là je l'ai regardé dans les yeux et j'ai répondu : - Oui, papa ! Hélas, oui ! Jamais je n'ai menti à ses questions. Et c'est cela qu'il appréciait. Jamais je n'ai pleuré devant lui non plus. Il m'a dit qu'il ne supportait plus que ma mère pleure devant lui. Je lui ai dit : - je pleurerai quand tu seras mort, mais je ne pleurerai pas sur toi, je pleurerai pour moi-même parce qu'il tu me manqueras. Mais je saurai que toi tu auras cessé de souffrir et ça me consolera. Là il m'a souri. Ensuite il m'a demandé de m'occuper des funérailles. En tout dernier, les deux dernières semaines de sa vie, il m'a dit que manger le faisait souffrir et qu'il ne voulait plus manger pour avoir mal. Je lui ai demandé s'il ressentait la faim. Il m'a dit que non, alors je lui ai dit de cesser de s'alimenter, juste boire. Cela l'a rassuré de savoir que je comprenais et j'en ai parlé aux médecins et aux infirmières. Ils ont été d'accord de cesser de l'alimenter. Ainsi, les deux dernières semaines de sa vie, il n'a plus rien mangé, ce qui a sûrement accéléré son décès mais c'était sa volonté. Tout ce dont on a parlé avec mon père, c'est parce qu'il avait envie, besoin d'en parler. Jamais je n'ai entamé une discussion grave sans que ce soit lui qui demande à en parler. Isabelle tu penses ne pas avoir pu lui dire des choses mais je suis persuadée du contraire. Tu lui as parlé avec tes yeux, avec tes gestes, avec ta présence, avec tes silences aussi. Il y a des personnes qui n'ont pas envie de parler de leur mort, du devenir des personnes qui leur survivront. N'aie aucun regret, si vous n'avez pas eu ce genre de conversation, c'est que ton mari n'en avait pas envie. Et puis je vais te dire que ça t'a protégée quelque part de ne pas avoir eu ce genre de discussions avec lui. Pour ma part je l'ai payé très cher par après. Je l'ai déjà raconté une fois sur ce forum mais comme ça fait un moment, tu ne l'as peut-être pas lu. En quelques mots : Trois mois après j'ai eu une urticaire géante sur tout le corps, suivi d'un herpès dans les deux yeux, ce qui m'a laissée durant deux mois à me gratter partout, les pieds dans une bassine d'eau froide, ne dormant pas, ne voyant plus rien. J'ai cru avoir les forces mentales sur le moment, mais ensuite mon corps et mon mental m'ont lâchée. Abandonne la culpabilité destructrice et pense que tu as accompagné ton mari et tu as pris soin de lui jusqu'au bout. Les choses se sont passées comme elles devaient se passer, c'est tout. Maintenant continue ta vie sans regrets. De plus, je peux te dire que je sais d'avance que je ne pourrai pas avoir les mêmes discussions avec mon mari. Je vois sur lui qu'il ne veut pas en parler. Il n'a même pas envie de parler avec moi de ses futurs traitements. Il sait juste que je vais l'emmener les faire et que je serai toujours présente à ses côtés quand il en aura besoin. Non, le connaissant, je sais déjà que nous n'aurons pas ce genre de discussion, mais je ne veut pas me culpabiliser si mon accompagnement sera très différent de celui que j'ai fait à mon père. Je l'accompagnerai comme il me dirigera. Et aussi, je vais me protéger plus pour ne pas revivre ce calvaire d'urticaire et d'herpès qui me rongeait les yeux, créant des douleurs atroces et me rendant aveugle. Alors, pense à toi maintenant et va de l'avant ! Je t'embrasse fort. P'tite bulle. Oui ça fait mal de voir la maladie prendre le dessus. Je ne peux que te dire de prendre courage. Tu ne peux pas guérir ton papa même si tu donnerais tout pour ça. Profite de chaque jour où tu peux encore parler avec ton père. Profite de lui montrer tout ton amour. C'est tout ce que tu peux faire, mais c'est beaucoup pour lui. Gros bisous. Angela. Courage et reste confiante. Les médecins font tout ce qui est en leur pouvoir pour que ton père reste encore un bout de chemin parmi vous dans les meilleures conditions. Je t'embrasse. A tous. Je reste en pensée avec vous. Demain j'emmène Serge au CHU voir l'oncologue. Je redoute un peu ce moment car ça va me rejeter en pleine face mes craintes et mes doutes. Il va me falloir me montrer encourageante pour Serge et ce n'est pas toujours évident, je suis très fatiguée de mes deux semaines de travail non-stop et de tout le reste, mais ça ira. Il le faut.
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226367
b
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