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J'ai été excisée à la naissance

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19/02/10 | 40 lectures | 0 commentaire
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A l'âge de trois ans, j'ai été excisée. En même temps, j'ai été scarifiée, c'est-à-dire qu'on m'a marqué le visage. Je n'ai pas de souvenir de cette sombre journée. Mais toute ma vie je me suis demandée pourquoi.
A mes sempiternelles questions, ma mère me répondait que c'était une tradition Soninké -mon ethnie- de scarifier et d'exciser les femmes:
"une femme qui ne l'est pas est impure. Elle ne peut ni se marier ni faire ses prières", me disait-elle. C'était sa seule explication. Puis elle finissait par dire: "Tais-toi, il ne faut plus parler de ces choses-là."
Je croyais donc que toutes les petites filles du monde subissaient l'excision. Mais à dix ans, j'ai découvert que je me trompais, car des copines Wolof, une autre ethnie du Sénégal, m'ont dit qu'elles savaient que j'étais excisée, contrairement à elles, et que ce n'était pas bien.
(....)

A quatorze ans, j'ai osé lui dire que je ne ferais jamais exciser ma fille, car c'était une affreuse coutume. "C'est une honte, m'a-t-elle dit. C'est le devoir d'une mère"
Je me suis mariée à 16 ans. J'étais promise depuis mes 8 ans, comme cela se fait malheureusement dans mon ethnie. J'étais terrifiée. Je ne voulais pas me marier. Mon mari
travaillait en France et faisait des allers-retours pour me voir. J'ai eu mon premier enfant à 19 ans. J'ai souffert le martyre. Tous mes accouchements ont été aussi abominables.

En 1983, j'ai rejoint mon mari en France. Loin de mon pays, j'ai commencé à déprimer. Alors, je me suis inscrite au centre social du quartier. Je voulais rencontrer d'autres femmes.

En 1994, une amie qui en faisait partie m'a parlé du GAMS, le Groupe des femmes pour l'abolition des mutilations sexuelles et m'a poussé à assister à une conférence.
Des médecins y ont parlé de l'anatomie de la femme.

A 40 ans, je découvrais comment était formé mon appareil génital, et surtout la différence entre une femme excisée et non excisée.
En Afrique, personne ne parle jamais de sexe. Et là, j'ai ressenti une grande colère. Depuis longtemps, je rêvais de lutter contre cette pratique, pourtant j'ignorais les problèmes médicaux
qu'elle implique: les hémorragies, les douleurs abdominales, les accouchements difficiles et risqués...

Toute ma vie, j'ai vécu avec des douleurs insupportables au ventre. Et le soir de mes noces, j'ai eu tellement mal que je me suis évanouie.
Le sexe d'une femme excisée, c'est comme une plaie constante qu'on aspergerait d'alcool. Mais en Afrique, personne ne lie ces maux à l'excision.
D'ailleurs, les femmes ne peuvent faire de rapprochement, car elles ne parlent jamais de ça entre elles. Lorsqu'une mère ou un bébé meurt pendant l'accouchement, on dit que c'est Dieu qui l'a voulu, que les femmes sont nées pour souffrir.

Aujourd'hui, je milite dans le GAMS, je vais à la rencontre des familles africaines pour les convaincre de ne pas faire exciser leurs filles. Elles changent souvent d'avis lorsqu'on leur explique que leurs filles risquent de mourir pendant la "cérémonie".
Les mères sont étonnées d'apprendre que l'excision est la cause de leur propre souffrance. Les hommes musulmans, eux, acceptent de ne pas le faire quand ils apprennent que ce n'est pas inscrit dans le Coran.

Pour ma part, je n'ai pas eu à persuader mon mari, il trouvait déjà cette coutume abominable.
Je suis africaine et fière de l'être, mais une société doit évoluer. Il faut savoir garder les bonnes coutumes, celles qui participent à l'épanouissement de nos enfants et se séparer des autres.
Je ne me suis jamais sentie une femme à part entière. Ma chair est mutilée. Pour moi, le sexe n'est que douleur. Longtemps j'en ai voulu à ma mère. Je lui ai expliqué ce qu'était l'excision. Elle a compris, et mes soeurs n'ont pas fait exciser leurs filles."

Khadidia Diawara
Femme Actuelle 24-30 Mai 1999, p.22


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