Histoire vécue Sexualité > Désir - Plaisir      (1442 témoignages)

Préc.

Suiv.

Informations sur le bareback

Témoignage d'internaute trouvé sur aufeminin
Mail  
| 1753 lectures | ratingStar_50387_1ratingStar_50387_2ratingStar_50387_3ratingStar_50387_4

Pratiquer le bareback, c'est choisir de baiser sans capote, délibérément (2). L'expression signifie monter à cru (bareback horseriding). Elle est apparue dans le milieu gai vers 1995, aux Etats-Unis. Toutefois, ce type de pratiques sexuelles volontairement non protégées existe sans doute depuis le début de lépidémie de VIH-sida, comme lont montré diverses enquêtes épidémiologiques (3).

Sil a été initiallement décrit dans un contexte homosexuel, le bareback concerne aujourdhui tout le monde, hommes et femmes, toutes sexualités confondues (4). La question de labandon ou du maintien des mesures de prévention du VIH et des MST se pose à chacune et chacun dentre nous.

Le bareback (5) peut être considéré comme lavatar le plus récent du refus de toute mesure de prévention dans les relations sexuelles. Aujourdhui, ce refus est revendiqué et médiatisé par les barebackers, qui se retrouvent au sein dune sous-culture gaie.

Cest en 1995 quapparaît cette revendication. Scott OHara, écrivain et acteur porno écrit dans la revue Steam : Jen ai marre dutiliser des capotes, je ne le ferai plus (cité par Scarce, 1999). Dautres acteurs pornos ont fait des déclarations semblables, comme Aiden Shaw, qui déclare dans Têtu : Je ne peux pas imaginer avoir une vie sexuelle safe. Je suis le genre de personne qui prend des drogues, qui aime prendre des risques, et le sexe non protégé en fait partie. Cest ce que je préfère. [] Ce nest pas que je naime pas les capotes, cest juste un bout de caoutchouc, mais la différence entre baiser sans et avec est vraiment immense. Et prétendre depuis des années quil ny a pas de différence est une… (Easterman-Ulmann, 2000 : 30).

Le bareback sest développé aux Etats-Unis et en Europe sous la forme de réseaux, essentiellement par le biais dInternet : sites spécialisés, petites annonces, agendas de soirées. Il existe un langage et des codes propres au bareback.

De nombreux débats ont agité la communauté gaie outre-atlantique à propos du barebacking. On peut en résumer la teneur selon différentes approches.

Bareback et séropositivité.

Le terme de bareback nest pas neutre ; il évoque implicitement la séropositivité et le risque de (sur) contamination. Pour le Dr Gregory Carson, psychiatre, ces groupes de barebackers ne sont pas constitués dhommes naïfs qui ont oublié les ravages du VIH dans leur propre communauté, mais plutôt dhommes séropositifs ou assumant le risque de le devenir (Carson, 1998).

Michael Scarce ajoute que lappréciation du bareback se double dun jugement moral, en fonction du statut des barebackers : Si la pratique du barebacking entre séropos suscite un froncement de sourcil, il n'en va pas de même si les partenaires sont séro-discordants. On n'hésite pas alors à employer des mots comme "meurtre" ou "suicide", ce qui explique aussi qu'un séropositif actif sera jugé plus "coupable " qu'un séropo passif.

En revanche, la notion de bareback ne semble pas inclure les partenaires réguliers, séronégatifs qui choisissent de ne pas utiliser de préservatifs, que la relation soit exclusive ou ouverte (dans ce dernier cas, chaque partenaires se protège lors de ses rencontres occasionnelles). Comme le souligne, avec peut-être un brin dhumour, Rick Sowadsky, coordinateur de la ligne découte VIH-sida de lEtat du Névada, Si les deux partenaires ne sont infectés ni par le VIH, ni par aucune autre MST, le barebacking est 100% sûr du point de vue des maladies infectieuses. Dans ce cas, il tombe dans la catégorie du safe sex (Sowadsky, 1999).

Aborder le bareback revient donc nécessairement à sortir du silence qui entoure la sexualité des personnes séropositives.

Bareback et traitements du sida.

Il ne semble pas y avoir eu initiallement de relation de cause à effet entre lémergence du bareback et larrivée des antiprotéases et des trithérapies : les deux phénomènes sont eneffet contemporains (1995). Aujourdhui, lamélioration des résultats thérapeutiques et la possibilité de recourir à des traitements post-exposition crée un contexte qui peut expliquer que certains gais choisissent dabandonner le préservatif.

Cependant, certaines questions relatives à la connaissance des risques restent toujours très floues ou controversées : le risque lié à la fellation, le risque de surcontamination ou de combinaison entre différentes souches de VIH dont certaines sont résistantes aux antiviraux, le risque de transmission du VIH lors dune pénétration sans éjaculation, le pouvoir contaminant du sperme dun individu séropositif dont la charge virale est nulle, etc. A ce propos, Michael Scarce observe que le discours univoque de l'establishment antisida [aux Etats-Unis], qui classe les pratiques sexuelles en deux catégories seulement, haut risque et risque faible ou nul, laisse de nombreux gays, dont les pratiques se situent entre ces deux extrêmes, sans aucun soutien dans leurs attitudes sexuelles.

Bareback et prévention.

Lérotisation du risque et du virus a pu être constatée entre partenaires barebackers. Lintimité recherchée lors de sodomies non protégées prend une dimension allégorique de la contamination et de linvasion virale. Le partenaire qui recherche une contamination est dit bug chaser et linfection est dénommée fécondation. Le partenaire contaminant est dit gift giver et il assume la paternité de la (sur) contamination. Michael Scarce conclut : Pour ces hommes, la séroconversion est devenue un rituel d'adoption, plutôt que le fruit du hasard, formulée avec des métaphores de la grossesse.

Quelle que soit leur perception, les barebackers doivent avoir accès à des informations précises sur les pratiques sexuelles non protégées, de manière à pouvoir élaborer une démarche de réduction des risques. Mais, comme le souligne Michael Scarce, une démarche limitée à la seule réduction des risques ne saurait répondre à ce qui représente peut-être le plus grand danger quencoure le barebacking : lincapacité des membres de la communauté gaie et de ses leaders à discuter de ces questions avec une attitude compréhensive et de respect mutuel. (Scarce, 1999).

Le bareback aujourdhui en France.

En France, lémergence du bareback a provoqué jusquà présent une guerre de tranchée, entre défenseurs (comme Guillaune Dustan) et opposants (comme Act Up Paris) , plutôt quun véritable débat, qui dépasserait lalternative entre liberté individuelle et morale sexuelle (Dustan, 2000 ; Lestrade, 2000).

La publicité autour de pratiques sexuelles non protégées inquiète pouvoirs publics, les structures de prévention et les médias grand public (Grosjean, 2000) , dautant que lon manque de données épidémiologiques actualisées (Favereau, 2000). Quen est-il sur le plan de la recherche ?

Ce que nous disent les recherches.

Les dernières recherches menées en France attestent de lexistence de pratiques sexuelles délibérément non protégées, sans pour autant pouvoir mesurer lampleur du phénomène.

Dans le milieu gai, une recherche sur létat des lieux du dispositif de prévention à Paris présente le témoignage dhommes gais pratiquant le bareback. De plus, létude dun certain nombre de médias gais presse, audiotel, minitel, Internet confirme la présence du bareback dans lespace culturel, sous forme, par exemple, dannonces de rencontre (Le Talec, 2000).

Un travail de recherche en cours sur Les bisexuels masculins et la prévention sida met également en évidence ladoption de pratiques sexuelles non protégées (Welzer-Lang, 1999). Dans le contexte de relations hétérosexuelles, enfin, on voit également apparaître des annonces no kapote (Couples contre le sida, Haute Garonne).

La présence du bareback est donc aujourdhui attestée en France. Elle concerne des personnes qui en font le choix délibéré, mais peut aussi attirer et séduire des hommes et des femmes mal informé-e-s ou prêt-e-s à renoncer au préservatif pour concrétiser une rencontre. On ne peut limiter les débats sur le barebacking aux débats entre adultes consentants, libres de leurs choix sexuels. Ainsi, il faut mettre en parallèles les constats d'isolement social, de misère affective, d'homophobie vécue et intériorisée que fait la ligne Azur, et le risque de contamination par des jeunes homosexuels ou bisexuels cherchant dans les backromms une sexualité à tous prix.

Tout en rappelant, comme d'autres chercheurs ont pu le faire, que la question du risque n'est pas liée à la nature récréative de la sexualité, aux lieux d'exercice de cette sexualité, ni au nombre de partenaires (Mendes-Leite, 1995) , force est de constater dans nos recherches respectives avec les gais, les bis ou les hétérosexuel-le-s, que l'analyse de la négociation du risque doit aussi prendre en compte les états seconds liés au désirs, aux drogues. De plus, souvent contraintes à des formes de sexualités multiples, les femmes ne sont pas toujours aptes à négocier les modes de prévention (Welzer-Lang, 1998).

Ce que les recherches ne nous disent pas.

Le défaut dinformations épidémiologiques et denquêtes approfondies sur les pratiques sexuelles ne permettent pas de quantifier limpact du barebacking à lheure actuelle. On ignore en particulier le profil des nouvelles contaminations, bien que lon sache que le recours aux traitements post-exposition a doublé au cours des six derniers mois dans certains centres de prescription (Le Talec, 2000).

Aujourd'hui l'Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS) , Ensemble contre le sida (Sidaction) , la Direction générale de la santé (DGS) et les DDASS, subventionnent encore quelques recherches sur les sexualités, mais elles sont peu nombreuses et souffrent dun défaut de stratégie et de coordination. De plus, différemment du début des études sur le sida, les exigences (légitimes) de scientificité, et ce qui est moins compréhensible la non prise en compte de la dynamique de constitution d'un corps de jeunes chercheur-e-s, autrement dit le soutien à des démarches naisssantes, souvent isolées dans l'Université française, aboutit au non-renouvellement du corps des spécialistes financés, et par ce fait, la non-intégration de démarches nouvelles dans les recherches.

Ceci se jouxte au contexte univeritaire : labsence d'études gais et lesbiennes dans les universités françaises implique que lon dispose peu dapports théoriques et pratiques sur les rapports entre sexualité et identité, entre multisexualité (qu'elle soit homo, bi ou hétéro) et sida, etc.

Autrement dit, comme chercheurs, nous comprenons la vive inquiétude soulevée par Act-up (Paris) sur les pratiques de barebacking en attestant qu'elles ne se réduisent pas aux lieux de consommation homosexuels. Nous appelons les pouvoirs publics, et en particulier les organismes qui coordonnent les études sur le sida à réunir les chercheur-e-s qui étudient les lieux de consommation sexuelle pour réfléchir aux incidences sur la prévention que posent ces pratiques.

Perso j'ai lu le bouquin de Rémès, et le credo des barebackers c'est "mourir du sida plutôt que d'ennui". Ça implique à mon sens une critique de la société occidentale, puisque nous vivons dans un certain confort.
  Lire la suite de la discussion sur aufeminin.com


50387
b
Moi aussi !
Vous avez peut-être vécu la même histoire ?

Signaler un abus
Les titre et syntaxe du témoignage ont pu être modifiés pour faciliter la lecture.


Histoires vécues sur le même thème

Histoire coquine : la première

image

Un voyage à Paris. Voilà un mois que je prépare ce voyage, Rendez-vous prix avec mes amis du net dans la Capitale française pour ce jour. Le soir, tous seront au rendez-vous, mais je n'ai pas insisté auprès de celui que je préfère, peur de...Lire la suite

Histoire coquine, la toute première

image

Un voyage à Paris, Voilà un mois que je prépare ce voyage, Rendez-vous prix avec mes amis du net dans la Capitale Française pour ce jour. Le soir, tous seront au rendez-vous, mais je n'ai pas insister auprès de celui que je préfère, peur de...Lire la suite


 

Voir tous les  autres témoignages