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On fait plus attention à sa voiture ou à son écran plat qu'à son bien-être

Témoignage d'internaute trouvé sur psychologies - 18/05/10 | Mis en ligne le 12/03/12
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Le point avec Pierre Rabhi, philosophe, écrivain et paysan. : "Cultiver la terre pour se nourrir, un acte de résistance" Finalement ne nous faut-il pas changer complètement de perspective et concevoir notre alimentation comme un moyen plutôt qu'une fin  -Bien sûr. Je suis toujours surpris de voir qu'il y a une grande inconscience de notre corps, qui est pourtant une expression de la vie merveilleuse, l'incarnation d'un cycle grandiose. Aujourd'hui, on fait plus attention à sa voiture ou à son écran plat qu'à soi-même. On ne fait pas attention à ce que l'on met dans son corps et on se plaint que les produits issus de l'agriculture biologique sont chers. Mais réfléchissons-nous vraiment  Où faut-il mettre nos priorités si ce n'est dans notre santé et celle de nos enfants  Cela relève de l'évidence mais aussi de l'intériorité dont nous parlions précédemment. Il ne faut pas nous priver des choses qui peuvent nous apporter un peu de satisfaction dans le monde d'aujourd'hui, mais la priorité doit rester nous-mêmes. Il y a aujourd'hui un recentrage sur soi qui s'impose. Face à un produit plus cher, posons-nous les bonnes questions : faut-il privilégier le prix ou ne doit-on pas plutôt prendre en compte que ce j'appelle la taxe à la sociabilité ajoutée  Je préfère dépenser un peu plus dans un secteur qui préserve ma vie et celle de mes enfants et réduire mes dépenses secondaires. Il faut garder à l'esprit que si l'on n'a plus de santé, plus rien n'a d'intérêt. Nous défaire de la culture productiviste de l'agriculture, reconnaître la valeur sacrée de la terre qui nous nourrit, repenser nos priorités Il nous est aujourd'hui primordial de changer notre rapport à notre alimentation, pour préserver les générations à vernir et sauvegarder la planète Aliments suremballés, hors saison, importés Comment expliquez-vous qu'au cours de ces dernières décennies notre alimentation ait perdu son identité, voire son âme  -Pierre Rabhi : Notre alimentation est une gabegie. Aujourd'hui, elle voyage beaucoup alors qu'elle ne devrait pas être amenée à le faire. Seule la rareté - les choses que l'on ne peut pas produire chez soi - devrait être importée. Il est tout à fait normal que les peuples échangent des biens pour répondre aux besoins de chaque communauté. Mais quand il s'agit de denrées de première nécessité, fondamentales, du quotidien, la production doit être réalisée là où vivent ces communautés. Cette irrationalité, comme bon nombre de désastres, est due aux rapports marchands que nous avons instaurés. Nous évoluons dans une lucropathie : l'argent est devenu le fondement du paradigme du monde d'aujourd'hui. Il détermine tout : les lois du marché, de l'offre, de la demande. On essaye désormais de gagner de l'argent au détriment de la vie, des gens, de la terre. Tant que cette question du pouvoir absolu de l'argent n'est pas résolue, nous sommes dans l'impasse Les crises alimentaires auxquelles nous avons été confrontés (vache folle, OGM, etc.) n'ont-elles pas été des sonnettes d'alarme  Comment expliquer notre apparente passivité Pierre Rabhi-Evidemment, les signaux d'alarme n'ont pas manqué. Je suis moi-même engagé depuis 47 ans dans la protection de cette terre qui nous nourrit et je suis loin d'être le seul. Il me serait presque impossible de faire la liste de toutes les consciences qui nous préviennent de cette dérive alimentaire grave. Déjà en 1949, dans son ouvrage La planète au pillage, Osbourne nous mettait en garde? Depuis longtemps, nous essayons de faire comprendre que si la terre n'est pas bien traitée, il nous est impossible de produire des aliments de qualité et il ne peut y avoir de santé publique Aujourd'hui, nous sommes dans la chimie et l'aliment auquel elle donne naissance est cause de nuisances et de pathologies parfaitement identifiables Pourtant, nous sommes confrontés à une sorte d'aveuglement, d'apathie. Comment l'expliquer  Pierre Rabhi-Peut-être par notre course aux produits les moins chers. Il faut se rendre à l'évidence : si on achète moins cher, ce n'est pas forcément de la qualité. Certes, il y a eu, après guerre, des pénuries alimentaires qu'il a fallu corriger. On a donc encouragé les agriculteurs à produire massivement grâce à une politique agricole commune et des subventions. On a alors triomphé en termes de prix des denrées alimentaires et d'abondance, en faisant notamment venir de la nourriture de toute la planète. Mais aujourd'hui on constate que tout cela a des répercussions désastreuses sur l'environnement. D'ailleurs, il faudra un jour déclarer l'agriculture moderne comme une grande catastrophe écologique Quelles sont les conséquences de ces dérives pour nous, en tant que consommateur mais également en tant que citoyen du monde  Pierre Rabhi-Dans tout biotope, la vie est déterminée par des cycles saisonniers. Tous les végétaux, même spontanés, sauvages, se cadencent sur cette réalité. Depuis toujours, nous cultivons des végétaux pour notre alimentation. Pendant des siècles, nous les avons domestiqués, rendus accessibles pour notre survie tout en conservant les rythmes de la nature Avec l'éruption de nos modes de vie productiviste, nous avons tout falsifié en transposant l'esprit industriel à la nature. Nous n'avons pas cherché comment on pouvait mieux nourrir les populations, mais comment on pouvait mieux gagner de l'argent. Cette mise en culture s'est avérée stupide et destructrice : elle ne respecte plus les sols, n'entrient plus la biodiversité ou les ressources en eau potable Finalement, cette chimie détruit peu à peu toutes nos nourritures à commencer par l'air et l'eau - qui nous constitue à 75 % - qui sont pourtant totalement indispensables à notre survie, tout comme notre nourriture tangible. Or cette dernière doit être produite selon les lois de la nature, car une bonne nourriture véhicule à la fois des substances et de l'énergie En effet, dès lors que l'on traite la terre avec respect, la plante sécrète des substances de qualité, s'imprègne de toutes les énergies cosmiques (le soleil, etc.). Et c'est donc naturellement que lors de la consommation, elle apporte à notre corps une nourriture vitalisante. Il faut garder à l'esprit que cette même plante nous relie aux énergies du ciel et de la terre. Par notre nourriture, nous sommes ainsi intégrés aux forces constructives et pérennes de la vie. En artificialisant notre alimentation, en mangeant des produits qui ne sont pas de saison et qui ont poussé en serre, nous sommes forcément amenés à avoir des carences fortes, notamment dues à l'utilisation des engrais? L'alimentation est quelque chose d'extrêmement sérieux et en la détournant ainsi nous compromettons notre survie Comment peut-on aujourd'hui se détacher de cette perception productiviste de la terre et recréer le lien avec notre ?terre nourricière' Pierre Rabhi-Il y a tout un travail intérieur à faire pour y parvenir. On ne peut pas aborder ces questions sans réaliser que la terre est sacrée. Les communautés primitives l'avaient bien compris : le fait même qu'elle nous nourrisse fait de cette terre une "Terre Mère" . Etant "Terre Mère" , nous avons tous la responsabilité d'en prendre soin. Il nous incombe aujourd'hui de faire de l'éducation, de l'information pour que ces questions puissent toucher tous les domaines sensibles de notre être et pas seulement le domaine rationnel qui nous a, jusqu'à présent, conduit dans l'impasse Je me suis installé, il y a 40 ans, dans une ferme en Ardèche qui était censée ne pas être viable selon les critères de l'agronomie, qui ne prenait en compte que les aspects de production. Nous, nous avons choisi de privilégier la beauté, le caractère, la sensibilité du lieu, l'inspiration par la terre. Au lieu d'imposer un modèle préétabli à notre terre, nous avons d'abord essayé de comprendre quelle était sa vocation. C'est une démarche presque spirituelle, dans le sens noble du terme. C'est ce rapport que nous devons avoir à notre alimentation. Aujourd'hui, il ne s'agit plus de se dire "je mange cette denrée pour ne pas être malade" . Il faut plutôt comprendre qu'elle me relie aux lois de la vie, que la terre est sacrée, qu'il faut la respecter. Si je veux bien traiter mon corps et ma propre psyché, il faut avant tout bien traiter ce qui l'entretient Les défenseurs des circuits courts mettent en avant qu'il faut avant tout "remettre un visage sur notre assiette" . Est-ce que pour renouer avec la terre, il faut tisser des liens avec ceux qui la cultivent  Pierre Rabhi-Absolument, cultiver la terre pour se nourrir est devenu un acte politique, de résistance : soit nous nous plions aux lois du marché et nous encourons le risque de devenir complètement dépendants, soit nous reprenons en main notre destin en produisant nous-mêmes. On peut transiger sur beaucoup de choses, mais pas sur la nourriture, pas sur ce qui entretient la vie, pour nous-mêmes et pour les générations futures. Celui qui entretient la vie ne devrait jamais entrer en spéculation. Cela implique que nous devons produire et nous nourrir localement. Les effets qui en découlent sont extraordinaires, notamment sur un plan écologique avec le transport des denrées. C'est aussi pour cela que j'incite toujours les gens à cultiver leur propre jardin. Chaque fois que nous jardinons, nous participons à neutraliser les systèmes qui nous privent d'autonomie. Il faut aussi créer un lien de solidarité avec les agriculteurs locaux. Il est de notre devoir de les encourager à faire de la belle nourriture. Si nous ne le faisons pas, nous aurons forcément des mauvaises surprises. Dans un système régi par les lois du marché, les grands acteurs du secteur ne sont pas là pour faire de l'humanitaire. Dès lors qu'ils ne trouveront plus leur compte à produire une dite denrée, ils arrêteront de le faire et c'est nous qui seront démunis
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b
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