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On stigmatise les banlieues

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Voilà des exemples types dans ce topique de la stigmatisation des banlieues…

Les accidents de 2 roues ; c'est la première cause de mortalité chez les jeunes gens, et cela ne concerne pas seulement la banlieue, des accidents de la voie publique il y en a aussi en province… il faut arrêter de stigmatiser la banlieue !

De même que du chômage, des situations précaires, des mal-logement, de la ghettoisation il y en tout autant sinon plus en province, mais c'est plus dilué donc moins visible !

La disparition du plein emplois et la l'installation de la précarité durablement produit de l'exclusion et de la pauvreté sur tout le territoire français…

Ne faut-il pas voir en fait, au travers des phénomènes qui agitent les banlieues, l'épicentre -le point le plus sensible et le plus visible - d'un double processus de recomposition généralisée de la question urbaine et de la question sociale ?

Recomposition de la question sociale en premier lieu, qui reflète moins en vérité l' émergence d'une nouvelle catégorie sociale que constitueraient les exclus, que l'ampleur d'un processus qui affecte une frange de plus en plus large de la société française : celui de la " spirale de l'exclusion ", l'extension d'une vaste zone de vulnérabilité et de précarité sociale .

En ce sens, ce processus produit non pas une dualisation de la société française, l'aggravation d'une ligne de fracture franche entre exclus et inclus, mais l'accélération du mouvement d'atomisation sociale, l'émergence d'une " société d'archipel " .

De ce fait, on le devine, les banlieues ghettos tant dénoncées ne peuvent constituer la simple transcription spatiale d'un phénomène de dualisation sociale en réalité bien plus complexe et insaisissable.

Comment n' égliger par exemple que si les grands ensembles de banlieue rendent visibles bien plus qu'ailleurs les situations d'exclusion et de précarité sociale, ils n'en constituent qu'un précipité spatial largement minoritaire ?

Il n'est qu'à observer -fait le plus souvent occulté- que 75 % des chômeurs de longue durée résident hors de ces " quartiers ghettos " ou que le parc de logements privés concentre deux fois plus de bénéficiaires du RMI que le patrimoine HLM, pour se convaincre qu'il n'y a pas homothétie entre les processus d'exclusion sociale et leur visibilité dans l'espace urbain.

Et comment oublier à l'inverse que la corrélation la plus forte entre spécialisations sociale et spatiale est constatée à l'autre extrême de la hiérarchie sociale, là où les catégories les plus aisées privatisent de fait des portions de plus en plus larges de l'espace urbain ?

Le succès d'une lecture duale de l'espace urbain, d'une dénonciation des quartiers ghettos correspond avant tout au besoin de tout à chacun de se rassurer en mettant à distance l'exclusion sociale, en la plaçant dans l'au-delà.

D'une ligne de fracture mythique.

Lecture à la fois alarmiste et rassurante de l'évolution des villes : les exclus se.

Multiplient mais on peut les cerner -et sans doute au prix d'un effort accru les " traiter "- puisqu'ils se concentrent dans les quartiers d'exclusion.

Il ne s'agit pas ici de nier les difficultés qui affectent ces quartiers mais de souligner combien elles ne représentent que la face la plus visible d'un processus de plus grande ampleur : l'épuisement du modèle ségrégatif -reflet de la division sociale du travail- qui organisait nos villes depuis l'après guerre.

Assurément ségrégatif, le mode de répartition des groupes sociaux dans l'espace urbain était pourtant supportable parce qu'il reposait sur un double principe de fluidité et de lisibilité. Au travers de l'équation qui liait position géographique, position sociale et statut résidentiel, chacun pouvait à la fois " se situer "socialement et spatialement dans la ville et espérer gravir les marches de l'ascension sociale et urbaine.

Or, parce que cette équation a aujourd'hui implosé -la position sociale ne détermine plus mécaniquement la position géographique et vice-versa (cf. L'éclatement des catégories socio-résidentielles telles que les HLM, les.

Copropriétés ou le pavillonnaire) - la double caractéristique de lisibilité et de fluidité de la ségrégation sociale s'est largement estompée.

Ce processus est d'autant plus générateur de frustrations et de tensions sociales qu'il se double -paradoxalement- d'une plus grande visibilité de la ségrégation sociale. En effet, on est passé simultanément d'une " ségrégation associée " où le territoire de proximité concentrait l'essentiel des pratiques sociales d'un groupe (habitat/travail/loisirs) à une " ségrégation dissociée " où chacun démultiplie les micro-territoires de ses pratiques sociales.

Autrement dit, la société d'archipel ne produit pas la juxtaposition indifférente des territoires sociaux mais leur imbrication de plus en plus complexe et donc une visibilité accrue des différences sociales qui n'est sans doute pas pour rien, à la fois dans l'émergence des " révoltes urbaines " et dans l'extension des sentiments de peur sociale et de compassion…

En effet, ce processus ne touche pas que la structuration résidentielle de nos villes, mais bien la répartition globale des hommes, des fonctions et des activités au sein de l'espace urbain. Avec le phénomène dit de "métropolisation " c'est bien un certain " ordre " dans l'organisation de l'espace urbain qui avait résisté, en dépit de l'explosion urbaine des années de croissance, qui semble disparaître aujourd'hui.

Marquées par un étalement discontinu de leurs territoires, les villes semblent ainsi rompre avec cet ordonnancement qui organisait et hiérarchisait densités, hommes et activités, de leurs centres vers leurs périphéries, dans une continuité qui, en dépit des stratifications, unifiait leurs territoires et liaient quartiers riches et pauvres. Facilitant l'émergence de " centralités périphériques ", promouvant la mise en réseau de leurs élites et de leurs technopoles, au détriment de leur cohésion interne, les villes paraissent aujourd'hui confrontées à une spécialisation sociale et fonctionnelle exponentielle de leurs territoires et à une interdépendance toujours.

Plus sélective et aléatoire de ces territoires morcelés.

"Dans ce nouveau paysage urbain, les difficultés des banlieues ghettos tant décriées, ne tiennent pas à l'accumulation en leur sein de pathologies ou de handicaps endogènes (obsolescence du bâti, sous équipement, ou concentration de cas sociaux) qu'il s'agirait de réduire ou de diluer. Elles ne constituent que le révélateur le plus visible de processus de recomposition plus globaux, complexes et souterrains qui affectent l'ensemble de la ville, et trouvent l à – en raison de la fragilité de ces quartiers- un espace de " représentation ".

De ce point de vue, l'extension infinie de la géographie prioritaire de la Politique de la Ville ne signifie pas une dérive incontrôlée de l'objet de ladite politique, mais davantage la démonstration même de la véritable nature de l'enjeu à traiter. Cette extension reflète la diffusion de ce processus de recomposition socio-spatiale, par delà la diversité des configurations territoriales. Sont non seulement touchées les grandes agglomérations où s'agrègent les populations fragilisées, mais aussi les bassins industriels en butte à une différenciation inédite de leur structure urbaine et même les villes petites et moyennes où la stigmatisation de micro " poches de pauvreté " masque l'émergence de phénomènes de valorisation/dévalorisation insoupçonnés. Comment croire dès lors qu'une même logique de " réduction des écarts " puisse traiter la diversité de ces situations aux symptômes apparemment similaires ?

REFONDER LA COHESION URBAINE.

Dans des villes dont les rapports sociaux internes se défont, dont les trames se déchirent et se fragmentent, quand l'exclusion sociale se diffuse sur l'ensemble des territoires, raisonner en termes de répartition équilibrée.

Des fruits du progrès, de dosage social et économique entre les territoires, voire même de réduction des disparités, n'a plus grand sens.

La logique structurelle de l'intervention publique de l'Etat Providence –que d'aucuns qualifieraient de " social d émocrate "- s'épuise à mesure que se d élite le modèle d'organisation spatiale qui liait dialectiquement croissance urbaine et différenciation sociale, tout en garantissant la cohésion de nos villes, quand bien même celle -ci s'incarnait dans les conflits sociaux ou les luttes urbaines.

N'est ce pas plutôt alors la perspective même de l'action publique qui doit être repensée ? "

"Ne doit on pas davantage attendre de l'énonciation de ce modèle une " fonction mobilisatrice ", une capacité à donner sens à l'action publique, à exprimer son intention transformatrice plutôt qu'à décrire un idéal à construire ?

Cette perspective passe sans doute par l'approfondissement de deux orientations majeures : la première a trait à la reconnaissance de cette nouvelle donne territoriale et en particulier, à la reconnaissance sociale et politique.

Des banlieues, non pas telles qu'elles sont, mais pour ce qu'elles sont : les formes à la fois inédites et renouvelées de quartiers populaires, dont l'identité ne tient plus ni au travail salarié, ni au conflit des classes.

Autrement dit, accepter de voir là, ni un précipité fantasmatique de l'exclusion sociale, ni le renouveau de quartiers ouvriers mythologiques, mais sans doute une expression " post-moderne " pourrait-on dire de la différenciation socio-spatiale.

Les interventions conduites depuis quelques temps, dans le cadre de la Politique de la Ville, autour des services publics, sont fortement interpellées par cette exigence de reconnaissance. Si elles persistent fréquemment à.

Raisonner exclusivement en termes redistributifs, à poursuivre l'illusion d'un " seuil minimal " d'équipements et de services à atteindre, elles tendent parfois à donner figure concrète à cette volont é de reconnaissance : d'une.

Part, au travers de leurs prestations, en acceptant leur adaptation et leur différenciation comme un fait durable ; d'autre part, au travers de leurs formes de dialogue avec les habitants, en reconnaissant leur légitimité, quelque.

Soit leur statut, préalablement à toute exigence d'inscription dans des procédures, des formes d'organisation, des modes de négociation.

Mais cette orientation ne ferait que redoubler les processus de fragmentation spatiale si elle ne s'accompagnait d'une intervention simultanée sur l'accessibilité des différents territoires afin de " faire tenir ensemble " les.

Morceaux de la ville.

Sans rechercher équilibre ou équivalence entre les quartiers des villes, entre celles-ci et les campagnes, l'enjeu consiste alors à fournir à chaque territoire les moyens de trouver sa place dans un système urbain interdépendant et spécialisé.

Le désenclavement ne viserait plus alors à réduire l'écart entre des quartiers enclavés et le reste de la ville, mais à décloisonner la ville dans son ensemble, à rétablir de la fluidité et de la porosité dans l'espace urbain.

Cela signifie en premier lieu intervenir sur les principes et normes du fonctionnement urbain qui produisent de l'exclusion socio-spatiale : organisation des marchés de l'habitat, du travail, accessibilité des fonctions urbaines (formation, culture, loisirs…).

Ainsi en matière de transports en commun par exemple, il ne s'agirait pas tant de raisonner en termes de meilleure desserte de quartiers " enclavés " -au prix selon le cas, soit d'inefficacité, soit d'une translation spatiale de l'exclusion sociale- ni même de rechercher une adaptation à la marge des services -par exemple en utilisant des " grands frères " pour " rassurer " les voyageurs- ce qui, en fait, protège le service lui-même.

L'objectif consisterait davantage à renégocier les principes organisateurs des réseaux de transports, pour les adapter à la recomposition d'ensemble de la ville (adoption d'une logique d'organisation en rocade pour le réseau, en fonction de l'émergence de centralités périphériques…).

Une perspective similaire s'esquisse autour de la question de la mobilité résidentielle. Qu'il s'agisse d'interventions en matière de localisation de la construction neuve, de régulation du marché de l'occasion, de.

Politique des loyers ou d'attribution HLM, cette mobilité n'est pas invoquée ici au titre de sa capacité à rétablir le mythique et salvateur " effet de chaîne ", ni même comme une finalité moderniste. Mais elle apparaît comme.

L'expression concrète d'une double exigence : garantir le droit au choix résidentiel et " faire tenir ensemble " les territoires de la ville. Elle marque la volonté d'offrir à chacun les possibilités d'accès à des quartiers ouverts,

Diversifiés et évolutifs, de donner à chacun " les moyens de partir et l'envie de rester ".

Après bientôt quinze ans d'intervention publique réparatrice sur les banlieues, le défi est aujourd'hui majeur.

Persiste-t-on, dans une vision classique des rapports entre le social et l'urbain, à rassurer l'opinion quant à la permanence - en dépit de la mont ée de l'exclusion - d'une normalité urbaine ? Ou a-t-on la lucidit é et la volonté.

De se placer à hauteur de la nouvelle donne sociale et urbaine ?

Entre les tenants du rétablissement de la norme et les partisans de sa disparition, la voie est étroite ; elle exige pourtant d'avancer sur deux fronts : celui de la singularité et celui de l'universalité. Singularité au sens d'une.

Capacité à prendre en compte et reconna ître la spécificité des nouvelles identités sociales et spatiales dans leurs rapports au corps social, à la ville. Universalité, au sens d'une exigence de refondation de l'urbanité -non plus.

Au travers de l'octroi de droits minima pour des banlieues hors droit- mais via la réinvention de droits de plein exercice, accessibles à tous les cita.
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64873
b
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