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L'expulsion des juifs d'orient

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On affirme communément que l'expulsion des Juifs d'Orient a fait suite, selon la règle du talion, à celle des Arabes palestiniens. En réalité, elle a commencé bien avant la fondation d'Israël.

Sur une photo célèbre de Robert Cappa, prise en 1949, une toute petite fille en haillons pleure devant des tentes dressées en plein désert. Comme ce document fait partie d'une série intitulée Camps de réfugiés en Palestine, la plupart des archivistes pensent aujourd'hui qu'il s'agit d'une réfugiée arabe. En fait, Cappa et la plupart de ses collègues utilisaient encore indifféremment, à cette époque, les termes de Palestine et d'Israël. La scène se déroule en Israël, et non en Cisjordanie ou à Gaza. La fillette est une réfugiée juive. Et elle est originaire d'un pays arabe.

A la fin des années 1940, plus d'un million de Juifs vivaient dans les pays d'islam, du Maghreb à l'Afghanistan : plus de six cents mille au Maghreb et en Libye, près de cent cinquante mille, respectivement, en Turquie, en Iran, cent mille en Egypte et au Yémen, soixante mille en Syrie et au Liban, quarante mille en Afghanistan. Cette population – Edoth ha Mizrah en hébreu, "Communautés de l'Orient" , pratiquant le plus souvent le rite sépharade – a bénéficié d'une très forte croissance démographique jusque dans les années 1960, puis d'une croissance un plus modérée : multipliée par plus de trois en soixante ans, elle compte aujourd'hui plus de quatre millions d'âmes. Mais elle ne réside plus dans ses pays d'origine : il ne reste que 3000 à 4000 Juifs au Maroc, quelques centaines en Tunisie, vingt mille, respectivement, en Turquie et en Iran, quelques centaines en Syrie et au Yémen. Soit 3 à 4 % du chiffre originel. Les autres, plus de 95 %, ont été contraints à l'exil, par vagues successives ou simultanées. Les deux tiers d'entre eux se sont réfugiés en Israël. Le troisième tiers s'est installé en Europe, notamment en France, en Italie et en Grande-Bretagne, mais aussi aux Etats-Unis, au Canada, en Amérique latine, en Afrique subsahélienne ou en Australie.

On affirme communément que cet exode est une conséquence malheureuse du conflit israélo-arabe, et que l'expulsion des Juifs aurait fait suite, selon la règle du talion, à celle des Arabes palestiniens. En réalité, l'éviction des Communautés de l'Orient a commencé le plus souvent avant la fondation de l'Etat d'Israël en 1948. Et comme l'ont noté Laurent et Annie Chabry dans Politique et minorités au Proche-Orient (Maisonneuve et Larose, 1984) , l'un des livres les plus pénétrants sur la question, elle se déroule dans le cadre d'un "retour de balancier" géopolitique qui permet à la majorité musulmane, portée par un renouveau démographique, de se "venger" de l'émancipation et de l'ascension sociale dont ont bénéficié les minorités non-musulmanes, grâce à la protection occidentale, depuis le XIXe siècle. Les chrétiens subissent une longue suite de tragédies, du génocide arménien au génocide assyrien, de celui-ci à la persécution des coptes, des atrocités de Dammour au "nettoyage ethnique" des chrétiens de Cisjordanie après la mise en place, en 1994, de l'Autorité palestinienne. Les Juifs ne sont pas en reste. Dans presque tous les pays musulmans, ils fuient à la suite de violences (y compris de pogromes) , de harcèlements et de persécutions. Presque partout, le gouvernement prend des mesures législatives ou réglementaires en vue d'accélérer leur exode mais aussi de confisquer leurs biens. Dans certains pays, et non les moindres, les autorités coopèrent après 1948 avec les organisations sionistes ou le gouvernement de Jérusalem en vue de transférer directement la population juive en Israël.

Depuis quelques années, certains Juifs originaires de pays d'Orient consacrent la date du 1er juin, selon le calendrier international, ou alternativement celle du 5 sivan, selon le calendrier juif, à la commémoration de leur expulsion. C'est en effet les 1er et 2 juin 1941, au moment de la fête de Shavuoth et sept avant la fondation d'Israël, que l'une des communautés les plus anciennes, les plus nombreuses et les plus prospères du monde arabe – la communauté d'Irak - a subi un pogrome sans précédent, le Farhoud, et compris qu'elle n'avait plus d'avenir dans son pays.

On compte près de cent cinquante mille Juifs en Irak au début des années 1940, soit 3 % de la population globale, alors estimée à 4,5 millions d'âmes. La moitié d'entre eux vivent à Bagdad, vingt à trente mille au Kurdistan, près de cinquante mille dans le reste du pays. Disposant d'élites anglophones depuis le XIXe siècle, ils ont bénéficié de la confiance du premier souverain, le roi hachémite Fayçal ibn Hussein. De nombreux Juifs sont chefs d'entreprise, ingénieurs, avocats, banquiers, haut fonctionnaires. Certains sont députés, sénateurs et même ministres. D'autres enfin sont écrivains, journalistes ou musiciens. Mais la situation a commencé à se dégrader dès 1933, quand Ghazi Ier, playboy amateur de beaux uniformes, de voitures rapides et d'aéroplanes, succède à Fayçal. Le nouveau souverain croit consolider son trône en misant sur le nationalisme arabe et l'islamisme, en se rapprochant de l'Allemagne hitlérienne et en multipliant les mesures contre les non-musulmans. Il se tue en 1939 dans un mystérieux accident d'automobile. Mais l'extrémisme et son corollaire l'antisémitisme sont désormais installés au coeur de la vie politique.

En mars 1941, un homme politique pro-allemand, Rashid Ali al-Ghaylani, tente d'établir une nouvelle dictature. Quand les Britanniques le renversent, trois mois plus tard, le "Farhoud" ("Grand Brigandage") secoue Bagdad pendant deux jours, les 1er et 2 juin. Il semble avoir été minutieusement organisé pendant les dernières semaines du régime de Rashid Ali, qui comptait peut-être préparer de cette manière l'entrée en guerre officielle de l'Irak aux côtés de l'Axe : les habitations et les commerces juifs avaient été marqués d'une main rouge, des unités de pogromistes, encadrés par des militaires et des étudiants membre de l'organisation pronazie Al-Futuwwa, avaient été affectées à chaque quartier de la capitale. Plusieurs quartiers sont pillés et incendiés. Près de deux cents Juifs sont tués, plus de deux mille sont blessés, estropiés ou mutilés, des centaines de femmes ou de fillettes sont violées. Saul Silas Fathi, un témoin oculaire, raconte : "Le premier soir de la fête, nous n'eûmes qu'un repas léger, contrairement à toutes les habitudes… Nous dormions sur la terrasse, en raison de la chaleur des nuits d'été… Mais cette nuit là, nous ne pouvions nous endormir… Le ciel, au dessus du centre-ville, avait une étrange couleur orangée… Quand mes parents s'en rendirent compte, ils se levèrent brusquement. Nous fîmes de même, et on ne nous ordonna pas de nous recoucher… Nos parents regardaient fixement l'incendie qui se propageaient dans les quartiers juifs proches des quartiers musulmans… Les flammes étaient visibles. On entendait le bois des charpentes qui craquait… Bientôt, nous perçûmes des hurlements, des imprécations… Notre mère commença à pleurer. Notre père nous serra contre lui et pria à voix basse… Je m'éveillai le lendemain matin en entendant des cris… Sous nos yeux, des gens se battaient à coups de couteau… Dans des maisons voisines, des Juifs sautaient de terrasse en terrasse, jusqu'à ce que des voisins arabes, pris de pitié, les fassent entrer chez eux… L'armée britannique, qui avait désormais pris le contrôle de l'ensemble de l'Irak, restait aux portes de Bagdad et se désintéressait de ce qui s'y passait… Les atrocités se poursuivirent jusque dans l'après-midi. C'est à ce moment que le Régent Abd-ul-Ilah, rétabli à la tête de l'Etat, ordonna à la Division Kurde, la seule unité de l'armée royale considérée comme fiable, d'entrer dans la ville, de mettre fin aux désordres et d'arrêter les meneurs. A deux heures de l'après-midi, un soldat kurde fut placé en faction devant notre maison."

En 1947-1948, l'Irak prend part à la première guerre contre Israël, bien qu'il n'ait pas de frontière commune avec ce pays. En mars 1950, une loi spéciale permet aux Juifs d'émigrer, à condition de renoncer à leur nationalité et d'abandonner leurs biens : mieux, les autorités coopèrent à cette fin avec les Israéliens. Près de quatre-vingt dix mille Juifs s'en vont en moins d'un an, à travers plusieurs ponts aériens. En janvier 1951, des attentats provoquent l'exode de trente mille Juifs supplémentaires. Les autres seront contraints à l'exil dans les années 1960, après la chute de la monarchie. Plus de 90 % des Juifs irakiens ont trouvé refuge en Israël. Les autres se sont installés en Grande-Bretagne et en Amérique du Nord.

La même situation s'est répétée de l'Atlantique au Pamir. L'un dans l'autre, il faudrait donc parler d'un "échange de populations" global entre le monde islamique et Israël. A ceci près que l'initiative est venue du premier, et non du second. Et que les réfugiés juifs ont été intégrés, au fil des ans, au sein de la société israélienne, tandis que les réfugiés arabes ont été pérennisés en tant que tels, à des fins politiques ou stratégiques évidentes.
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24523
b
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