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"Le mur" de simone bitton

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Mur est une méditation cinématographique sur le conflit israélo-palestinien, proposée par une réalisatrice qui brouille les pistes de la haine en affirmant sa double culture juive et arabe.

Dans une approche documentaire originale, le film longe le tracé de séparation qui éventre lun des paysages les plus chargés dhistoire du monde, emprisonnant les uns et enfermant les autres.

Sur le chantier aberrant du mur, les mots du quotidien et les chants du sacré, en hébreu et en arabe, résistent aux discours de la guerre et se fraient un chemin dans le fracas des foreuses et des bulldozers.

Revue de Presse.

Première.

"Du cinéma de résistance, et le meilleur qui soit."

S.G. (article entier disponible dans Première n332, page 76).

Studio Magazine.

" Manquant de pédagogie () , il a le mérite témoigner avec force de la situation."

C.T. (article entier disponible dans Studio Magazine n205, page 47).

Les Cahiers du Cinéma.

" MUR peine à tracer des lignes de fuite qui permettent de questionner ce qui reste encore possible."

Simone Bitton (article entier disponible dans Les cahiers du cinéma n594, page 37).

Entretien Avec Simone Bitton.

Dans le film, on vous entend parler en hébreu et en arabe. Quelles sont vos origines ? Où avez vous vécu, et où vivez-vous actuellement ?

Je suis née au Maroc, dans une famille juive traditionnelle. Jallais à lécole française, mes parents parlaient larabe entre eux et le français avec leurs enfants. Lorsque nous nous sommes installés à Jérusalem en 1966, j'ai très vite appris lhébreu mais j'ai continué à lire en français et à chanter en arabe. Jétais soldate en Israël pendant la guerre de 73 : j'ai vu la mort et cela ma rendue pacifiste pour la vie. A 20 ans, j'ai parcouru lEurope en stop comme une hippie, puis je me suis installée à Paris, j'ai commencé à voir des films et j'ai eu la chance dêtre admise au concours de lIDHEC. Depuis, je vis entre Paris et Jérusalem et je retourne au Maroc le plus souvent possible. J'ai trois pays et trois cultures. J'ai toujours considéré cela comme une richesse et comme un.

Privilège très rare dans un monde où des millions de personnes sont apatrides.

A Jérusalem, vous vivez plutôt côté israélien ou côté palestinien ?

Cela dépend des jours et des films. Disons que je suis une grande spécialiste du passage de check-points, dans les deux sens. Cest tout un art.

Après avoir réalisé de nombreux documentaires pour la télévision, pourquoi avez-vous choisi de vous adresser à lavance sur recette et à un producteur de cinéma ?

Dès linstant où jen ai conçu lidée, il était évident pour moi que MUR serait un film de cinéma. Cest un film où lespace est essentiel, où le ciel, la terre, les paysages sont des personnages à part entière. Pour visualiser la défiguration de lespace par le mur, je voulais des plans très larges avec une vraie ligne dhorizon. Si javais pu tourner en cinémascope, je laurais fait ! Bien sûr, nous avons dû tourner en vidéo légère à cause des difficultés de déplacement sur le terrain, mais le film est soigneusement kinescopé en format 1,85 - et le résultat est assez impressionnant. Et puis, je voulais faire un film qui donne le temps de voir, et cela est de moins en moins admis à la télévision. Je voulais des plans-séquences, des travellings assez longs pour être perçus comme tels, des sons plutôt que de la parole et des silences dans la parole - toutes ces choses qui font le cinéma en général et dont la télévision ne veut presque plus. Javais un grand désir de cinéma et je suis heureuse que MUR sorte en salles, mais jespère quil passera aussi bientôt à la télévision. Je suis toujours émue les soirs où mon travail est à lantenne : je regarde les fenêtres, je vois la petite lumière de lécran allumé derrière les rideaux et j'ai le sentiment que je suis arrivée à bon port, chez les gens, dans leur vie. Cest un grand honneur, au moins aussi grand quune sélection au Festival de Cannes.

Comment vous-est venue lidée de faire un film sur le mur ?

En regardant la télévision ! Un soir de lété 2002, j'ai vu les premières images du mur au journal télévisé. Le ministre israélien de la défense disait que la clôture de fer et de béton dont il venait dinaugurer le premier tronçon, serait la panacée aux problèmes de sécurité du pays. Cette parole et ces images étaient tellement étranges et inquiétantes que je me suis dit : "Ca y est, ils sont devenus fous". Cette nuit-là, je nai pas réussi à dormir. Lidée même de ce mur entre Israéliens et Palestiniens me déchirait physiquement. Au cours des semaines suivantes, une grande détresse sest emparée de moi. J'ai eu le sentiment quon allait me couper en deux et nier tout ce que je suis : une Juive arabe dont la vie entière est un lieu de dialogue permanent. Ce mur, je sentais bien quil serait infranchissable pour les gens de bonne volonté de mon espèce, tout en faisant naître des centaines de nouvelles vocations kamikazes.

Un film pour exorciser votre détresse ?

Pas seulement. Cest aussi un acte de résistance. Même si cest une bataille du pot de terre contre le pot de fer. Comme le dit lun des personnages du film : "Les gens désespérés se taisent, mais moi je ne suis pas désespéré, je me bats". Je pense comme lui. Lorsque je serai vraiment désespérée - ce qui nest pas à exclure vu la tournure que prennent les choses - je ne ferai plus de films au Moyen-Orient.

Comment avez-vous préparé le film ? On sent quil est fait dans lurgence, que la plupart des rencontres y sont fortuites et spontanées, mais en même temps il est très écrit, les cadres sont précis, les sons très travaillés.

Je suis désordonnée et impulsive dans la vie mais très calme et patiente dans le travail. Jaime la technique et le côté artisanal du cinéma. A partir de janvier 2003, j'ai beaucoup repéré. A lépoque il y avait peu dinformation, des bouts de mur et de tranchées surgissaient par ci par là. Je me renseignais, jallais voir, je filmais avec ma petite caméra, je prenais des notes. Au printemps, j'ai loué la dépendance dune église à Jérusalem avec un citronnier dans le jardin. Cest devenu le quartier général du film. J'ai accroché au mur une grande carte du pays et jy mettais des lignes du tracé, comme un général qui prépare sa bataille. Mes deux assistantes sont un peu comme moi : elles parlent les langues de la région, elles en connaissent les codes et les nuances. Mais Jacques Bouquin - le chef opérateur - et Jean-claude Brisson - lingénieur du son - navaient jamais tourné en Palestine. Je tenais à cette virginité, qui ma beaucoup aidée à faire le tri entre les choses que je serais peut-être la seule à ressentir et celles qui avaient une portée tellement universelle quelle leur sauterait aux yeux et aux oreilles. Au mois de juin, nous sommes donc partis en camion à lassautdu mur, une équipe plus toute jeune, avec le désir de prendre notre temps pour faire un film documentaire comme nous les aimons : filmer le réel, mais aussi oser le décrypter, linterpréter par un regard particulier. Mes techniciens ont mis tout leur coeur dans le film, ils mont donné tout leur talent qui est immense, et je crois que cela se voit et sentend.

Le mur est présent quasiment dans tous les plans du film, on se dit que cest lui le personnage central.

Je montre le mur sous toutes les coutures et dans toutes ses formes : muraille de béton, barrière électronique, tranchée, rangs de barbelés. Il est dans tous les plans pour que tout le film soit vu et entendu dans le cadre de cette obsession de séparation et denfermement. Les voix, la mienne et celles des personnages sont souvent en off, mais ce ne sont pas des voix de commentaire ou dexplication, ce sont des voix humaines qui tentent de se faire entendre dans le fracas des bulldozers. En fait, le dispositif est très simple : je longe le chantier du mur et les gens me parlent. Souvent, on ne les voit pas, parce quils se tiennent derrière la caméra, comme nous. Ils regardent le mur pendant que nous le filmons et ils sont effarés, comme nous. Ce sont des ouvriers en train de construire le mur, des gens qui habitent là, des gens qui essaient de passer et qui ne peuvent pas… Le mur a une telle présence, il est tellement énorme, tellement malsain, quon ne peut que ressentir, en le voyant, quil est le symptôme dune grave maladie.

On ne sait pas toujours de quel côté du mur se trouve la caméra, ni dans quelle région du pays. La géographie du lieu, et donc du conflit, est comme occultée.

Cest vrai et cest voulu. J'ai fait venir quelques personnes au montage pour tester ce que jétais en train de faire. Certains mont conseillé dajouter une carte, ou quelques intertitres pour situer les lieux. On ma même suggéré dutiliser des lettres de couleurs différentes dans les sous-titres, selon la langue des dialogues. Mais si javais fait cela, le film nexistait plus. Que ce soit dans la vie ou dans mon film, rien ne me touche plus que de prendre un Juif pour un Arabe, et vice-versa.

Les Israéliens et les Palestiniens se ressemblent, comme finissent toujours par se ressembler geôliers et prisonniers. Pour moi, ce pays est un seul pays, un tout petit pays peuplé à la fois de Juifs et dArabes. Je midentifie à lui parce que moi aussi je suis juive et arabe à la fois. Le judaïsme fait partie de lhistoire de ce pays, mais il faudra bien aussi quun jour les Israéliens acceptent dêtre un peu arabes. Ce jour là les murs tomberont.

Il ny a quune seule interview "posée" dans le film, cest celle dun officiel israélien.

Cest le général Amos Yaron, directeur de cabinet du ministère de la défense. Un proche dAriel Sharon qui a dailleurs été mis en cause avec son patron après les massacres de Sabra et Shatila en 1982. Le mur est construit par son ministère, il en est le principal responsable : dun coup de crayon sur une carte, il peut voler des champs, arracher des oliviers, fermer la seule route daccès à un village. Et il ne se prive pas de le faire. Depuis deux ans, on pourrait même dire quil ne fait que cela.

Donnez nous une raison despérer.

Nommer la folie participe déjà de la thérapie. Lespoir réside dans lhumanité des gens, dans les paroles de cet Israélien qui dit quil est prêt à réunir tous les dirigeants de la région chez lui et à leur donner sa maison pour la paix, dans la dignité des Palestiniens sur les check-points, dans le rire du psychiatre qui me dit que je ne suis pas folle et que cest moi qui ai raison de refuser le mur. Mais je ne veux pas vendre de lillusion facile. Nous avons trop souffert du show-biz de la paix, toutes ces poignées de mains pendant que les peuples continuent de mourir. Depuis 20 ans que je parcours la Palestine et Israël de long en large, je navais jamais vu une telle cruauté, une telle démence. Le mur nest pas seulement une souffrance symbolique infligée à ceux qui veulent la paix, un crime contre lun des paysages les plus beaux et les plus chargés dhistoire du monde. Pour les Palestiniens, cest aussi et surtout une machine de spoliation et dexpropriation. Quant aux Israéliens, cest terrible de voir comment ce peuple, le mien, qui a traversé les mers pour fuir les ghettos, semprisonne aujourdhui lui-même de son plein gré. Lun des personnages le dit très bien :

"Nous aimons tellement cette terre que nous lemprisonnons". Un autre dit que la terre sainte est aujourdhui livrée au Diable, et cest exactement mon sentiment, bien que je ne croie ni en Dieu ni au Diable.
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23762
b
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