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Très souvent l'utilisation des termes religieux se fait à tord et à travers

Témoignage d'internaute trouvé sur bladi
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Beaucoup de mass médias, d'hommes politiques, de prédicateurs, voire même de certains penseurs (qu'ils soient musulmans ou orientalistes) utilisent des termes puisés dans le patrimoine musulman, comme si l'on manipulait des slogans, sans se donner la peine d'expliquer leurs significations. Par exemple : al islam din wa dawla (l'islam = religion et Etat) , al islam aqida wa chari'a (l'islam = dogme + loi) , etc.

Aussi, très souvent, les définitions existent mais elles sont soit erronées soit réductrices : zakat = aumône légale, djihad = guerre sainte, chari'a = droit musulman, etc.

Or les mots sont très importants par ce qu'ils désignent car ce sont eux qui font la pensée et réciproquement !

Sur des sujets aussi importants, on ne peut pas se permettre de les utiliser indistinctement pour discuter en les substituant par exemple les uns aux autres, parce que c'est plus commun, plus "pratique", comme le font les journalistes…

De telles lacunes sont préjudiciables pour les Musulmans, d'abord et pour le monde qui nous entoure ensuite car elles entretiennent des mythes et des fantasmes (une adhésion enthousiaste exacerbée pour certains, une phobie et une peur démesurées pour d'autres).

Il reste donc un immense travail de conceptualisation afin de mieux comprendre l'islam, faire avancer la pensée musulmane et de dépasser à la fois le dogmatisme religieux et le réductionnisme anti-musulman.

Pour revenir à ta question initiale (quelles sont les définitions des termes "at-tachri' al-islami" et "chari'a" ?) , je dirais qu'il y a là justement une grande polémique, à cause de la confusion et l'ambiguité autour de ces deux notions.

C'est donc avec prudence que je me permets une esquisse de définition.

D'abord, il faut souligner que terme de "loi" est rarement employé et celui de "droit musulman" est inexistant dans le vocabulaire musulman, ce qui est d'emblée, une première difficulté. A leur place, les sciences théologiques et juridiques musulmanes utilisent les termes de " fiqh " (ou de " tachri') et de "chari'a".

Très sommairement, on peut définir la chari'a ??????? comme étant la voie que Dieu a tracée dans le Coran, qu'Il a prescrite pour les hommes. Elle comporte Ses commandements, Ses lois immuables (sur la création de l'univers, la mort, la résurrection, etc.) ainsi que les prescriptions morales (al-akhlaq).

Quant au fiqh ????? (ou at-tachri' al islami ??????? ????????) , c'est l'ensemble des décisions juridiques prises par les docteurs de l'islam basées sur le Coran et la Sunna pour régir la vie des Musulmans dans tous les domaines : le culte, les droits et les devoirs, les différentes activités humaines, etc.

En réalité, il y a deux définitions qui s'affrontent. La première, celle des tenants de l'orthodoxie musulmane qui, tout en distinguant fiqh et chari'a, considère que le premier est au service de la seconde. Autrement dit, la chari'a est "l'ensemble des règles, des préceptes et des enseignements issus de la révélation" et le fiqh est la méthode d'interprétation directe ou indirecte des textes pour l'application de la chari'a aux hommes. Au sein de ce premier courant majoritaire, il y a plusieurs tendances, des plus formalistes qui élèvent le fiqh au statut de lois sacrées et indiscutables (les Hanbalites et leur descendants, les Wahhabites appartiennent à cette tendance) aux "relativistes" (tels que les Ach'aris) qui font référence à l'effort d'interprétation, l'ijtihad (encore un terme à expliquer ! Peut-être à l'occasion d'un débat ? ).

De l'autre côté, certains penseurs réformistes considèrent, d'une part, qu'il est vain de codifier la chari'a car celle-ci n'est pas un code juridique mais un appel moral qui n'a rien à voir avec la manière de se vêtir ou le mode de gouvernement, etc. Et que d'autre part, il faut rationaliser le fiqh et le concevoir dans son historicité, c'est à dire comme une élaboration humaine qui se voulait conforme aux textes divins à une période historique donnée. Le fiqh est un patrimoine qui doit évoluer avec les sociétés (Mohammed Shahrur, Saïd Al Ashmawy, entre autres).

Selon eux, la double grâve erreur dans laquelle est tombée la pensée islamique classique est d'avoir, d'une part, sacralisé à divers degrés, le fiqh alors que celui-ci est une construction humaine et d'autre part, d'avoir assimilé la chari'a à tout ce qui est règlement juridique.

C'est d'ailleurs dans esprit-là, que fut promulgué en 1984, le code de la famille en Algérie sous l'impulsion des tendances les plus rétrogrades du FLN. Après une expérience malheureuse qui dure depuis 20 ans, beaucoup d'Algériens souhaitent se défaire de qu'il appellent le "code de l'infâmie" mais ils se heurtent à la résistance de ces mêmes forces rétrogrades et surtout des islamistes qui les ont supplantés.

Personnellement, de toutes les conceptions que je viens d'évoquer, c'est la dernière (la réformiste) qui me parait la plus acceptable, même si elle demeure discutable. L'homme n'est jamais parfait !

Prenons un exemple concret : . Quelle est la sanction (hadd) prévue en islam pour l'apostat (al murtadd) ?

Il faut d'abord distinguer l'apostasie dans son acception religieuse de l'apostasie politique (ou trahison).

Pour le premier cas, l'apostasie (quitter l'islam ou changer de religion) n'a rien à voir avec la société. C'est une affaire privée. Le châtiment est divin dans l'au-delà… Il ne revient pas aux hommes d'ôter la vie à un autre homme car c'est Dieu qui donne et qui ôte la vie. Celui qui commet le crime n'est celui qui apostasie mais celui tue l'apostat !

Quant à l'apostasie ou la trahison politique envers la nation, eh bien, c'est le code pénal qui s'en charge et celui-ci est de source humaine.

Voilà un exemple où l'on voit nettement les dérapages qui se produisent lorsqu'on s'obstine à calquer le fiqh humain sur la chari'a divine.

Pour revenir à l'actualité brûlante, je prends un cas extrême, celui de la violence commise au nom de l'islam. Les attentats les plus abominables continuent à secouer la planète mais jusque-là, les réactions des savants et jurisconsultes officiels (qui sont souvent des fonctionnaires de l'Etat) se sont avérés inefficaces pour répondre à l'idéologie djihadiste comme celle d'Al Qaeda. D'ailleurs toute confrontation intellectuelle avec les théoriciens de ce genre de mouvements est vouées à l'échec.

Il faut admettre que la pensée la plus rétrograde, comme celle des Talibans, est omniprésente au sein des sociétés musulmanes. Les livres qui inspiraient Ben Laden et les Taliban pour appliquer leur conception de la chari'a sont les mêmes livres qu'on étudie dans la plupart des instituts et de facultés islamiques.

La seule différence entre les uns et autres est que les premiers, égaux à eux-mêmes, ont appliqué à la lettre, les principes qu'ils ont appris alors que les seconds ne les ont pas appliqués et pourtant dans le fond, ils appartiennent tous à la même école !

Et ma foi, pour conclure, si nous avons du mal à réformer notre pensée musulmane, pourquoi ne pas essayer la laïcité ?

Pour terminer, je te propose ainsi qu'à tous les bladinautes de lire cette intéressante discussion sur l'islam et la laïcité entre deux intellectuels arabes. Je précise cependant que je ne suis pas d'accord avec le contenu de ce site, en général… Attention, sur ce site veuillez sélectionner "arabic windows" dans affichage/ codage afin de pouvoir lire correctement :

ICI : -).

Ps : Excuse-moi Agdoud, je n'ai pas compris l'expression "Annassak al islami". Peux-tu me la transcrire en caractères arabes ?

S'il s'agit de la question du "nasikh" et du "mansukh", j'y ai fait brièvement allusion ici mais elle mérite un débat à part, pour une autre fois inchallah : -).
  Lire la suite de la discussion sur bladi.net


22990
b
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