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Témoignage d'un voyage au Népal

Témoignage d'internaute trouvé sur psychologies 20 ans
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KATHMANDOU Retour à Kathmandou, vingt ans après. Tout a changé, rien n'a changé. Des flashs qui me reviennent, mais rien de précis. Toujours le même mendiant, la main tendue, à coté du même tas d'ordures. Des images qui m'avaient marquées à 13 ans, et qui me font vomir aujourd'hui. La foule, le bruit, les voitures, les klaxons, les cris…infernal, et pourtant si vivant, si vrai. Tout à changé…je me souviens de ces deux grands yeux, le regard sur nous, lourd, insistant, de la blancheur du lieu, de la clarté, des touches multicolores, vert, rouge, jaune, bleu, mais je n'ai pas le souvenir de toutes ces "boutiques" , de tous ces groupes de touristes. Je n'ai pas envie d'être comme eux…pourtant je suis comme eux. A cet instant je voudrais avoir les yeux bridés, les pommettes hautes et l'habit de guenille, je voudrais me fondre dans le décor et ne plus me sentir voyeur. C'est tout le paradoxe. Nous survolons les choses "ah c'est beau, ah ça pue, ah c'est bizarre…" Nous ne pénétrons rien, pas le temps, et l'envie, l'avons-nous l'envie ? Ici tout transpire la religion, les monuments, les visages, les regards, les silences…Les Népalais "sont" Religion, c'est un mode de vie, quelque soit leurs croyances, c'est leur porte de sortie. Ca y est, après un ou deux jours, les bruits me deviennent plus familiers, je me sens moins agressée, que c'est bon de revenir ici… LE TREK Ca y est, c'est parti pour un long périple de 22 jours. Pour nous les 12 "visages pales" il ne faut rien de moins que : 1 guide, 2 aides sherpas, 5 cuisiniers, 3 muletiers et ….19 mules. Gombo, notre guide, c'est le petit à la casquette qui court partout. Quelques mots de français, nickel, il a l'air sympa. Tout est méthodiquement organisé, nous sommes un peu bluffés. Des dizaines de sacs de bouffe, de matériel, et nous voila parti. Une chance incroyable avec l'avion qui nous mène à Juphal. D'ordinaire, les trekkeurs peuvent attendre plusieurs jours avant que le coucou ne les mène à bon port. Pour nous, la première tentative est la bonne, est ce la le premier clin d'&oelig ; il de notre bonne étoile ? En tout cas, le spectacle que nous offre la vue depuis le belvédère de Juphal nous laisse tous sans voix, nous tous, amoureux des paysages grandioses nous sommes servi. Cinq, c'est le nombre de touristes que nous avons croisé depuis le début du trek. Immersion totale. Nous marchons dans des fonds de vallées encaissées, croisons villages dévorés par la végétation et autochtones qui se demandent ce qu'on fait là. Ca y est, j'ai enfin posé mon sac d'emmerdes sous une pierre, je le reprendrai lorsqu'on rentrera, dans un mois… Le bruit de la rivière est toujours présent, il fait chaud, il fait lourd, nous jouons à cache cache avec les cuisiniers et les muletiers, une fois devant nous, une fois derrière. Nos journées sont ponctuées par des arrêts, environ toutes les 2 heures. A midi, les cuisiniers ont déjà préparé le casse croûte lorsque nous arrivons. C'est la classe…un peu trop d'ailleurs. On se sens comme des princes, pas moyen d'aider pour quoi que ce soit "Toi client, moi gagner de l'argent pour faire ça, boire le thé et attendre gentiment que nous monter la tente" . Cela me met vraiment mal à l'aise, je n'ai pas l'habitude de regarder bosser les autres en buvant tranquillement le thé ! Bon après s'être fait engueulé deux ou trois fois, nous retournons sagement à nos thé/ biscuits. (Et des que l'occasion se présente, nous mettons la main à la pâte, discrètement ! ) Le Lac Poksundo Peu à peu, le paysage s'élargit, les arbres moins nombreux laissent aux sommets environnants la possibilité de montrer leur nez. Et bientôt devant nous, une merveille. Un petit bout d'émeraude qui se dévoile et qui grandit lorsque nous l'approchons. Sans mot, désorientée, c'est ce qui m'arrive en en découvrant le lac Poksundo, une étendue glaciale dans laquelle se jettent abruptement des falaises dénudées. Au loin un chemin vertigineux, au dessus du lac, c'est la que nous passerons demain… Les chemins que nous empruntons sont invisibles, tout au moins pour nous, Gombo a l'air de très bien savoir ou il va, …tant mieux ! En réalité, ces chemins invisibles sont les autoroutes qui mènent dans les villages isolés, à plusieurs jours de marche de Dunaï, la "capitale" du Dolpo. La distance, l'éloignement, la "non proximité" des choses "matérielles" , j'ai l'impression que ce sont des éléments qui permettent, à ces villageois du bout du monde, de prendre le recul nécessaire sur leur vie. (Ce que nous sommes de plus en plus incapable de faire.) Cet homme, qui vient à notre rencontre, il aimerait voir des médecins. Les infirmiers de la bande l'observent, le questionne, il crache du sang, il souffre, sans doute la tuberculose, et alors ? Ils ne lui diront rien, premier hôpital de fortune à 3 jours de marche, pas les compétences, pas les médocs appropriés. Il repart avec son stock d'anti-douleur, nous poursuivons notre trek… Saldang Comme pour mieux nous signaler qu'à partir du lac nous entrons dans le territoire du Haut Dolpo, le paysage s'est transformé. Nous surplombons des vallées immenses, décharnées, ou la végétation n'a pas sa place. L'érosion a fait son &oelig ; uvre, creusé le relief. Interdis ici au plus petit arbre de venir s'implanter. L'eau ruisselle sans obstacle vers des vallées sans fond. La montagne nue, dans toute sa splendeur, polie, travaillée, modelée. Ombres et lumières donnent à cette immensité des couleurs improbables, impalpables. Et subitement, le regard s'accroche sur ces taches vertes. Un village, comme s'il voulait crier "je suis là, je vis, au bout du monde, au bout des chemins, je survis ! " Bienvenue à Saldang, petite tache de peinture chatoyante, dans un tableau ou la vie ne fait pas de cadeau. Saldang des paysages lunaires, Saldang des rencontres. Juste avant notre arrivée au camp, nous nous faisons lamentablement rincer. Mais le ciel à la colère rieuse, et les puissants rayons lumineux éclaboussent maintenant les vallées infinies, il fait beau sur Saldang. Quelle chance, notre camp est installé à deux pas d'un minuscule canal. Juste là, un replat idéal, nous allons pouvoir enfin décrasser corps et fringues. C'est le tour des filles. Parfait derrière cet arbre on peut se dépoiler à l'abris des regards. L'eau est fraîche, l'air est doux. Tiens Namasté petite mademoiselle, tu rigoles bien en nous voyant comme ça, oui tu as raison, c'est sans doute à force de nous laver que nous avons la peau si blanche…Toi la jolie "crassoue" , comme je l'ai entendue dire là bas, "ton visage est sale, mais ton esprit est propre" . Tiens voici ta s&oelig ; ur, puis ta cousine, ah une autre soeur, vous aussi aujourd'hui vous avez décidé de faire la lessive et de nettoyer vos beaux cheveux, immensément soyeux. Ah non, je vois que cette jeune fille, elle, est venue nettoyer sa peau de mouton (fraîchement tué) juste au dessus de notre salle de bain. Nous voici bientôt 15 à partager quelques m² autour d'un filet d'eau de plus en plus sale. Quelques heures plus tard, l'endroit est désert, plus une goutte d'eau dans le canal. Il faudra attendre le prochain orage, les prochaines pluies pour qu'il se re mplisse à nouveau.Nous réalisons alors combien la vie ici est dictée par la nature, et combien ces gens on su s'adapter. De toute façon ont-ils le choix ? Les amis trekkeurs : Lolotte ; notre globe trotteuse, facilité déconcertante dans tout ce qu'elle entreprend. Steph, notre caméraman, toujours le sourire. Aussi rouge que son tee-shirt. Céline, l'aventurière, déjà des projets plein la tête pour demain (profite bon sang ! ) Daniel, le sage, le discret. La plus belle gueule de mes photos. Claire, l'indépendante, toujours à la traîne, parce qu'elle a le don de prendre du temps pour observer les choses. Caro, pas mal pour un premier trek. Claude, bien géré, j'aimerai voir les milliers de photos que tu as prises. Georges, séquence émotion, merci de nous avoir emmené là bas. Bernard, le boss. La bonne humeur au quotidien, ça fait du bien. Tof, l'ours. Un voyageur est né. La force tranquille, le bourru au grand c&oelig ; ur. Et Lolo, encore un merveilleux voyage avec toi, à quand le prochain ? Dho : Notre passage à Dho a marqué notre trek, a marqué Georges surtout. Si nous sommes ici, c'est un peu grâce à lui. Il est membre d'une association (Action Dolpo) et parraine une petite fille scolarisée ici, à l'école "Cristal Monutain" . Son but était de venir la rencontrer. A notre arrivée à l'école, nous ne voyons que les instituteurs et Kédar, la personne qui s'occupe de l'association sur place. Il parle bien Français, il est très heureux que des membres de l'assoc. Viennent voir ce qui se passe ici et comprennent ce qui est fait avec leur argent. L'école, dans ce lieu, est incroyable, grande, beaucoup de salles de classe, une "cantine" , et même des serres qui permettent de faire pousser des légumes à 4000m d'altitude, bien exposées elles servent également à chauffer les maisons. Kédar, Bernard et Georges se rendent dans la famille de la petite Yangzom. Un peu surprise, elle ne semble pas réaliser qui ils sont et ce qu'ils font là. Le lendemain, nous la retrouverons à l'école dans son "costume" parmi la soixantaine d'élèves présents. La gymnastique, le chant du matin, et tous se rendent en classe. Quelle joie de voir tout ces enfants heureux d'être là. Quelle peine de découvrir ces enfants aux portes de l'école. Ils ne sont pas scolarisée parce qu'ils sont plus utiles à la maison qu'ici ! Il nous faut à présent repartir, encore, toujours partir, poursuivre notre route. Mais pour Georges c'est le déchirement, particulièrement lorsque Yangzom se jette dans ses bras, elle ne veut pas qu'il parte. Les au revoir sont douloureux, Georges restera marqué par cette rencontre, il reviendra, c'est certain… Bientôt la fin, un dernier col à quasi 5000m et ce sera la descente sur Kagbeni. Voila 22 jours que nous marchons, 22 jours de rencontres vraies, intenses, même si nous ne faisions que passer… Aujourd'hui je garde l'image de cet homme rencontré à Chey Gompa. Il charge sur son dos une poutre en bois, 80kg environ, nous pensons qu'il l'emmène à l'autre bout du village, déjà cela nous semble incroyable. Le lendemain passage d'un col à plus de 5000m, 800m de dénivelé depuis Chey, nous soufflons plus que nécessaire. Et lui, mais que fait-il là avec sa poutre sur le dos ? Trois jours durant nous le retrouverons sur notre route, il va comme nous à Saldang, il est payé pour ça 300 roupies par jours…Je garde imprimé en moi son sourire malgré l'effort, nos questionnements sur les raisons de ce transport, notre entêtement à vouloir trouver des raisons. Pour lui comme pour les autres ici c'est comme ça, c'est tout ! Je n'aime pas faire le bilan, je n'aime pas me retourner, j'ai peur d'être nostalgique. Voila, c'est notre dernier col, au loin, à gauche, le Mustang, sans fin, dénudé, coloré. En face les sommets enneigés des Annapurna, plâtrés de blanc. A nos pieds, la vallée de le Kali Gandaki, balayée par une brise "cyclonique" . Nous restons là, longtemps, silencieux et pensifs. Mille mètres plus bas, arrivé à Kagbéni, tout sera terminé. La plupart d'entre nous savent qu'ils ne reviendront sans doute jamais. Je crois qu'à cet instant nous aimerions tous suspendre le temps afin de pouvoir mémoriser chaque ligne du paysage. Pour ma part j'aurai aimé que le temps s'arrête à chaque rencontre, à chaque horizon nouveau. Des sourires et des paysages que je n'oublierai pas, mais qui peu à peu deviendront plus lointains. Le dessin est un moyen de prendre le temps. Retour à Kathmandou.
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